Epure Works

Modèle v0.2

Population et revenus

Les groupes de la population, ce que chacun reçoit et paie du budget, ce qu'il pense du gouvernement, et les leviers qui décident qui paie et qui reçoit. Cette page couvre les équations E27, E28 et E29.

En clair

Le jeu découpe la population de chaque pays selon l'âge, l'activité, la richesse et le milieu, urbain ou rural. Chaque poste du budget passe par le revenu de certains groupes. Les retraites vont aux retraités, l'impôt sur le revenu est surtout payé par les plus aisés, et la TVA pèse davantage, rapportée au revenu, sur les plus modestes (E27). Chaque groupe juge le gouvernement sur l'économie du pays, comme tout le monde, mais aussi sur ce que son propre revenu est devenu depuis l'arrivée du gouvernement, et la popularité du pays est la moyenne de ses électeurs (E28). Deux leviers, enfin, changent la façon dont un poste se partage entre riches et pauvres, sans changer son montant (E29).

Dans la partie

L'onglet « Social » montre sept groupes du pays, les ménages modestes, les classes moyennes, les ménages aisés, les retraités, les chômeurs, les jeunes et les ruraux, avec pour chacun son revenu en dollars et sa popularité. La vue d'ensemble montre le coefficient de Gini du pays. Avant d'ordonner une mesure, le joueur voit ce qu'elle changerait au revenu et à l'avis de chaque groupe. Il règle aussi qui paie et qui reçoit, par le barème de l'impôt sur le revenu, tranche par tranche, par les taux de la TVA propres à l'alimentation, à l'énergie et aux médicaments, par chacune des autres prestations, et par un minimum vieillesse qu'il lit en dollars par mois, et le parlement vote tout cela comme le reste du budget (E25). Un groupe que le gouvernement appauvrit peut descendre dans la rue (E33). Si un réglage de la partie éteint les groupes, la popularité redevient celle d'E12.

Les bases

Un quintile est un cinquième de la population, une fois celle-ci rangée du revenu le plus bas au plus haut. Le premier quintile réunit ainsi les 20 % les plus modestes, et le cinquième les 20 % les plus aisés. En France, le premier quintile tient 7,7 % du revenu des ménages, et le cinquième 39,7 %.

Le jeu croise quatre découpages. L'âge a quatre tranches, de moins de 15 ans à 65 ans et plus, et l'activité cinq, enfant, en emploi, au chômage, inactif et retraité. La richesse suit les cinq quintiles, et le milieu est urbain ou rural. Chaque personne tombe ainsi dans une seule case de ce croisement, par exemple « en emploi, 25 à 64 ans, troisième quintile, urbain », et une table donne, pour chaque pays, la part de la population dans chaque case. Comme les sources publient chaque découpage à part, avec seulement quelques croisements deux à deux, le jeu les réunit par une méthode classique qui respecte tout ce que disent les données et n'ajoute rien d'autre. Quand le chômage monte, la table déplace des actifs vers le chômage, sans changer leur âge ni leur quintile, et chaque 1er janvier, elle suit le vieillissement de la population là où les données donnent sa pyramide des âges.

Le revenu disponible d'un ménage est ce qui lui reste pour vivre. Il vient d'abord du marché, par les salaires et les revenus du capital, puis l'État y ajoute les retraites et les autres prestations et en retire les impôts, de sorte que chaque poste du budget touche certains groupes plus que d'autres. Qui paie vraiment un impôt est une question que les études mesurent, et le jeu reprend leurs chiffres, par groupe de pays. Dans les pays avancés, le quintile le plus aisé paie plus de la moitié de l'impôt sur le revenu. Dans les pays émergents et à bas revenu, les retraites vont surtout aux plus aisés, parce que seuls les emplois déclarés y donnent droit.

Le coefficient de Gini mesure l'inégalité des revenus. Il vaut 0 quand chacun a autant, et 100 quand une seule personne a tout. Comme le jeu le calcule sur les cinq quintiles, il reste un peu plus bas que celui des enquêtes, qui voient chaque ménage, et la France part ainsi à 29,4, contre 31,8 pour la Banque mondiale la même année.

Voir comment le jeu construit les groupes, et ce que l'écran en litLa table de chaque pays, ce qu'elle respecte, comment elle suit le chômage, le revenu en dollars, la courbe de Lorenz et le coefficient de Gini.

La table

Chaque dimension partage toute la population en catégories : l'âge (moins de 15 ans, 15 à 24 ans, 25 à 64 ans, 65 ans et plus), l'activité (enfant, en emploi, au chômage, inactif, retraité), la richesse (les cinq quintiles du revenu), le milieu (urbain, rural). Chaque personne est dans une seule catégorie de chaque dimension, et donc dans une seule case de leur croisement : « en emploi, 25 à 64 ans, troisième quintile, urbain ». La table d'un pays donne la part de sa population dans chaque case ; multipliée par sa population, le nombre de gens.

Ce que la table respecte

  • Les parts de chaque dimension que donnent les sources : la part des 65 ans et plus, celle des chômeurs…
  • Les croisements deux à deux qu'une source donne : l'activité par âge, l'activité par quintile.
  • Les combinaisons impossibles par définition, qui ne portent personne : un enfant (moins de 15 ans) n'est ni en emploi, ni au chômage, ni inactif, ni retraité au sens de ces statistiques, qui ne les comptent qu'à partir de 15 ans ; un adulte n'est pas « enfant ».

Aujourd'hui, pour 186 pays (Banque mondiale, Nations unies, OIT) : les parts de l'âge, de l'activité et du milieu, un cinquième de la population dans chaque quintile, et le croisement de l'âge et de l'activité, que construit une règle : les 15 à 24 ans travaillent et chôment à leurs propres taux (OIT), les 25 ans et plus au taux que le chômage du pays laisse une fois les jeunes comptés ; les 65 ans et plus hors de la population active sont les « retraités », les 15-64 ans hors de la population active les « inactifs ». Pour les 62 pays à haut revenu, la table croise aussi l'activité et la richesse : les salariés, les chômeurs et les retraités se répartissent entre les quintiles comme dans les comptes nationaux distributionnels de l'OCDE (moyenne de six pays) — en France, la moitié des chômeurs est dans le quintile le plus pauvre. Pour 160 pays, la table porte enfin la part du revenu disponible que tient chaque quintile, que lit E27.

Comment elle est construite

Par ajustement proportionnel itératif (Deming et Stephan 1940), la méthode dont on fabrique les populations synthétiques :

  1. chaque case possible part du produit des parts de ses catégories — l'indépendance ; une case impossible vaut zéro ;
  2. pour chaque cible à son tour (une dimension, un croisement), les cases de chaque catégorie de la cible sont multipliées par ce qui manque à cette catégorie pour atteindre sa part :
$$x_c \leftarrow x_c \cdot \frac{t_b}{\sum_{c' \in b} x_{c'}}$$

où b est la catégorie (ou la combinaison de catégories) de la cible à laquelle appartient la case c, et tb sa part ;

  1. on recommence, tant qu'une part s'écarte de sa cible de plus de la tolérance (10−10), au

plus 500 fois.

Quand les cibles s'accordent, le résultat est la table la plus proche de l'indépendance qui les respecte toutes. Les cases qu'aucun croisement ne relie restent indépendantes les unes des autres, dans la mesure où les impossibilités le permettent.

GrandeurValeurStatutSource
passes au plus500
choix
au-delà, des cibles qui ne convergent pas se contredisent ; mesuré : 11 passes au plus sur un monde inventé où trois croisements forment une boucle
tolérance10−10
choix
l'écart restant entre une part et sa cible
budget de cases20 000 par pays
choix
le produit des catégories de toutes les dimensions ; au-delà, le chargement refuse

Pourquoi. Les sources publient chaque dimension à part, et quelques croisements deux à deux ; presque jamais le croisement de toutes. L'ajustement est la façon la plus neutre de les réunir : il n'ajoute aucune information que les données n'ont pas, et respecte tout ce qu'elles disent.

Ce que ça simplifie. Un croisement qu'aucune source ne donne est tenu pour indépendant. Aujourd'hui, le milieu n'est croisé avec rien, et hors des pays à haut revenu la richesse non plus : les retraités et les chômeurs s'y répartissent dans les quintiles comme les actifs, et les villes comme les campagnes, ce qui est faux. C'est écrit ici pour cette raison, et c'est ce qu'une source nouvelle vient corriger, dimension par dimension. La répartition par quintile des pays à haut revenu est la moyenne de six pays (Tchéquie, France, Israël, Italie, Slovénie, Suède), appliquée à tous. Les « retraités » sont une définition (65 ans et plus, hors de la population active), pas un compte des pensions : un retraité de 62 ans est compté inactif. Faute de taux propres aux jeunes (quelques pays), ils prennent ceux des 15-64 ans. La population vieillit d'année en année là où les données lui donnent une pyramide (E58) ; elle ne s'enrichit pas et ne déménage pas au cours d'une partie, et l'activité suit le chômage (ci-dessous). Des sources qui se contredisent laissent un écart, que le chargement rapporte.

La table suit le chômage

La table est ajustée au départ sur les taux des sources, puis chaque 1er janvier sur la pyramide (E58) ; le chômage du modèle bouge chaque jour (E6). Le jour où on la lit, la table est celle du dernier 1er janvier, les chômeurs déplacés au chômage du jour : dans chaque combinaison des autres dimensions (un âge, un quintile, un milieu), les actifs restent aussi nombreux, et leur taux de chômage est celui du départ multiplié par le même rapport,

$$u_b = \min\Big(1,\; u_b^0 \cdot \frac{u_t}{u^0}\Big)$$

où ub0 est le taux de chômage de la combinaison b dans la table du départ, u0 celui de toute la table et ut le chômage du modèle (E6).

Pourquoi. C'est ce qui garde la structure que disent les sources : les jeunes, deux fois plus souvent chômeurs que les autres en France, le restent, et prennent deux fois plus de points quand le chômage monte — l'ordre de grandeur de la sensibilité du chômage des jeunes à la conjoncture.

Ce que ça simplifie. Le rapport est le même partout : le chômage des jeunes n'est pas plus sensible à la conjoncture, en proportion, que celui des autres. Personne ne change de quintile en perdant son emploi : la personne reste dans le quintile de départ.

Ce que l'écran lit des revenus

Ces grandeurs ne font rien à la simulation : elles se lisent, le 1er de chaque mois, sur ce qu'E27 a calculé, et l'écran les montre. Elles n'entrent pas dans le hash de l'état.

Les parts du jour. La part du revenu disponible des ménages que tient le quintile q est

$$S_q = \frac{\sum_{c \in q} x_c\, r_c}{\sum_c x_c\, r_c}$$

avec les parts xc de la table du jour et les revenus rc d'E27. Au départ, c'est la part de l'enquête ; elle bouge ensuite avec les postes du budget et le chômage. Sans les groupes (réglage groups.enabled éteint), l'écran garde les parts de l'enquête.

En dollars. Le revenu disponible d'une personne, en dollars par an, est son revenu en points de production par habitant, fois la production nominale par habitant du jour :

$$R = \frac{\sum_c x_c\, r_c}{\sum_c x_c} \cdot \frac{1}{100} \cdot \frac{\text{PIB}_0^{\$}\; Y^N_t}{\text{population}}$$

où PIB0$ est le PIB en dollars de l'année de départ et YNt le PIB nominal du jour, 1 au départ. Celui d'un groupe se lit de même sur ses seules cases ; celui d'une personne du quintile q vaut Sq / pq · R, où pq est la part de la population dans le quintile — un cinquième.

La courbe de Lorenz et le coefficient de Gini. La courbe relie (0, 0) aux points (Pq, Lq), où Pq et Lq sont la part de la population et la part du revenu des q quintiles les plus modestes, jusqu'à (1, 1). Le coefficient de Gini est le double de l'aire entre la diagonale et la courbe, chaque pas compté en trapèze :

$$G = 100 \left(1 - \sum_q p_q \,(L_{q-1} + L_q)\right)$$

0 quand chaque quintile tient un cinquième du revenu.

Hors emploi pour une personne en emploi. Le nombre de personnes qui ne sont pas en emploi — enfants, chômeurs, inactifs, retraités — pour une personne qui l'est : (1 − e) / e, où e est la part de la population en emploi dans la table du jour.

Pourquoi. Le revenu d'une personne se lit mieux en argent qu'en variation : c'est ce que le studio a demandé. Le Gini est la mesure d'inégalité la plus connue, et, lu sur les parts du jour, il répond à la politique menée : un point de PIB de prestations sociales en plus fait baisser celui de la France de 29,4 à 28,8 en deux mois. Le rapport entre les personnes hors emploi et celles qui en ont un dit combien chaque emploi porte de gens ; il monte avec le chômage.

Ce que ça simplifie. Le Gini se calcule entre quintiles, comme si tout le monde avait autant dans un quintile : il est plus bas que celui des enquêtes, qui voient chaque ménage — 29,4 pour la France au départ, sur les parts de l'enquête de 2023, contre 31,8 la même année à la Banque mondiale —, et ne dépasse pas 80, quand le quintile le plus riche tiendrait tout. Les dollars sont ceux de l'année de départ, au taux de change de cette année-là, grossis de la croissance et de l'inflation du pays : le modèle n'a pas de taux de change, et une inflation forte y gonfle les dollars comme la monnaie du pays. La population est celle du départ, grandie comme la pyramide du pays (E56).

E27. Le revenu des groupes

En clair

Le revenu disponible des ménages se découpe en flux, le travail, le capital, les retraites, les autres prestations et chaque impôt. Les autres prestations sont elles-mêmes cinq flux, l'assurance chômage, les prestations familiales, les aides au logement, la maladie et l'invalidité, et les minima sociaux, chacun avec ceux qu'il atteint. Chaque flux se partage d'abord entre les cinq quintiles, selon les données, puis, dans chaque quintile, entre ceux qu'il atteint. Les salaires vont ainsi à ceux qui ont un emploi, les retraites aux retraités et l'assurance chômage aux chômeurs, alors que la TVA est payée par tous les adultes. Dans une même case de la table, tout le monde touche la même chose. Un point de PIB de plus sur un poste change donc le revenu de chaque groupe selon la part de ce poste qui lui revient.

En France, le quintile le plus modeste paie 10,5 % de la TVA, et le plus aisé 34,3 %. Le PIB de la France vaut 3 366 milliards de dollars pour 68,7 millions d'habitants, soit environ 49 000 dollars par personne, si bien qu'un point de PIB de TVA en plus prend 490 dollars par habitant en moyenne. Une personne du premier quintile en paie 258 dollars par an, et une personne du cinquième 840. Rapporté au revenu, c'est pourtant le premier quintile qui paie le plus, parce que son revenu est beaucoup plus petit.

Comme tout le monde touche la même chose dans une case, un retraité paie autant d'impôt sur le revenu et de TVA qu'un salarié du même quintile. Le studio sait que cette règle exagère sans doute la part des retraites dans le revenu net des retraités, et donc l'effet d'une baisse des retraites sur leur revenu.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(r_c\)le revenu par personne de la case \(c\), en points de production
\(M_f\)le montant du flux \(f\), positif s'il est reçu, négatif s'il est payéun point de TVA de plus
\(s_{f,q}\)la part du flux qui revient au quintile \(q\)10,5 % pour le premier, 34,3 % pour le dernier
\(h_{f,a}\)ce que touche une personne d'activité \(a\), comparée aux autres du quintile ; zéro pour ceux que le flux n'atteint pas1 pour chaque adulte
\(x_c\)la part de la population dans la case \(c\)
\(Y\)la production réelle
Voir la formule complète et ses sourcesLes flux un par un, le calage au départ sur l'enquête de chaque pays, les sources par groupe de pays, et ce que l'équation laisse de côté.

Le revenu disponible des ménages est celui d'E14, flux par flux : ce que paie le marché, pour le travail et pour le capital ; plus les retraites et les autres prestations ; moins chaque impôt. Chaque flux f est partagé entre les quintiles, puis, dans un quintile, entre les activités qu'il touche. Le revenu par personne de la case c (quintile q, activité a) vaut, en points de production,

$$r_c = \sum_f M_f \; s_{f,q} \; \frac{h_{f,a}}{\sum_{c' \in q} x_{c'}\, h_{f,a(c')}}$$

où Mf est le montant du flux (positif reçu, négatif payé), sf,q la part du flux qui revient au quintile q, hf,a ce que touche une personne d'activité a comparée aux autres du quintile (zéro pour ceux que le flux n'atteint pas), et xc' les parts de la table. Le revenu réel d'une personne de la case est rc fois la production réelle Y. Un flux dont la part tombe sur un quintile où il n'atteint personne est perdu.

FluxMontantPartagé entre les quintilesTouche, dans le quintile
le travailfixe, en points de production (calé au départ)calé au départceux qui ont un emploi
le capitalidemidemles adultes
retraites (pensions)le poste du budget (E26)donnéesles retraités
autres prestations (other_social), en cinq flux (E53)la part de chaque prestation dans le poste ; pour l'allocation chômage, ce que le nombre de chômeurs en fait (E54)le chômage, comme l'assurance le paie ; la famille, le même montant par enfant ; le logement, le même montant par personne des deux quintiles les plus modestes ; la maladie et l'invalidité, le même montant par inactif ; l'exclusion, donnéesles chômeurs ; les enfants ; tout le monde ; les inactifs ; les adultes
impôt sur le revenu (income_tax)le postedonnéesceux qui ont un emploi, les retraités
cotisations sociales (social_contributions)le postedonnéesceux qui ont un emploi
TVA (vat), accises (excises)le postele revenu disponible de chaque quintile fois le taux qu'il paie ; pour la TVA, déplacé ensuite par ses taux par famille de biens (E38)les adultes
droits de douane (customs)le postele revenu disponible de chaque quintileles adultes
impôt sur les sociétés, sur le patrimoine (corporate_tax, property_tax)le postecomme le revenu du capitalles adultes

Le calage, au départ. Le revenu disponible des ménages vaut D = 100 − A − Σ impôts + retraites + autres prestations, en points de production (A : les autres recettes de l'État, que ne paie aucun ménage) ; chaque quintile en tient la part que donne l'enquête de son pays (Banque mondiale), ou, sans enquête, la médiane des pays de son groupe. Les prestations et les impôts partagés comme ci-dessus, le revenu du marché de chaque quintile est ce qui reste : son revenu disponible, moins ce qu'il reçoit, plus ce qu'il paie. Ce revenu du marché est partagé entre le travail et le capital selon la part du travail que donnent les comptes pour ce quintile. Mesuré : aucun des 182 pays calés ne laisse de quintile sans revenu du marché.

GrandeurValeurStatutSource
part du revenu disponible de chaque quintilepar pays
données
Banque mondiale, Poverty and Inequality Platform, par les indicateurs du développement dans le monde
parts des flux par quintile, taux de TVA et d'accises, part du travailpar groupe de paysdonnées, calculOCDE (comptes nationaux distributionnels ; OCDE/KIPF 2014), Banque mondiale (ASPIRE ; Poverty and Shared Prosperity 2022)

Pourquoi. C'est ce qui donne à chaque poste du budget ses gagnants et ses perdants : un point de retraites va aux retraités, un point d'impôt sur le revenu est payé pour moitié par le quintile le plus riche des pays avancés, un point de TVA pèse plus, rapporté au revenu, sur le plus pauvre (12,2 % de son revenu contre 7,7 % pour le plus riche, OCDE/KIPF 2014). Dans les pays émergents et à bas revenu, les retraites vont d'abord aux plus aisés (la moitié au quintile le plus riche dans les pays à revenu intermédiaire, trois quarts dans les pays à bas revenu, ASPIRE) : les couper n'y touche pas les mêmes gens. Le revenu de chaque quintile au départ est celui que mesure l'enquête du pays.

Ce que ça simplifie. Dans une case, tout le monde touche la même chose, quel que soit son âge ou son milieu : un retraité paie autant d'impôt sur le revenu et de TVA qu'un salarié du même quintile, ce qui exagère sans doute la part des retraites dans le revenu net des retraités, et donc l'effet d'une baisse des retraites sur leur revenu. Quatre des cinq prestations vont à ceux qu'une règle désigne, pas à ceux qu'une source mesure (E53). Les parts sont celles d'un groupe de pays, pas du pays : la moyenne de 14 pays avancés de l'OCDE, deux pays pour les émergents (Mexique, Costa Rica), et, pour les pays à bas revenu, plusieurs flux sans source propre (la part du travail, les cotisations, l'impôt sur les sociétés) qui prennent les valeurs des émergents. Le revenu du marché grandit comme la production ; celui des personnes qui travaillent comme la production par personne en emploi. Le calage ne dit rien des intérêts de la dette, comme E14.

E28. L'avis des groupes

En clair

Chacun juge d'abord l'économie du pays, comme le dit E12, puis regarde ce que son propre revenu est devenu depuis l'arrivée du gouvernement, comparé à celui de l'ensemble des ménages. Un point de revenu gagné ou perdu par une décision de l'État vaut 0,2 point de popularité, alors qu'un point gagné ou perdu par la conjoncture vaut quatre fois moins, 0,05 point. Ce qui bouge sans que personne le décide, comme les retraites qui suivent chaque année le nombre de retraités, ou l'allocation chômage qui suit le nombre de chômeurs, compte comme la conjoncture. Les chômeurs se tiennent 2,5 points sous les autres, et les autres un peu au-dessus, d'autant plus que les chômeurs sont nombreux parmi les électeurs. La popularité du pays est la moyenne de ses électeurs, chacun pesant selon les chances qu'il a de voter.

L'État retire 9,4 % de leur revenu aux retraités, et 1 % au revenu de l'ensemble des ménages. Un retraité perd donc 8,4 points de plus que la moyenne, ce qui vaut 0,2 × 8,4 = 1,68 point de popularité en moins. Comme il n'est pas au chômage, il se tient en même temps 2,5 × 0,028 = 0,07 point au-dessus, parce que les chômeurs font 2,8 % des électeurs français. Au total, les retraités se placent 1,61 point sous la cible du pays.

Le studio fait partir l'avis de chaque groupe de celui de tout le pays, au lieu de le faire naître de sa seule expérience, parce que les études trouvent que l'économie du pays fait l'essentiel de la réaction de chacun.

Tout le monde ne vote pas autant. Là où le vote est libre, le jeu prend la participation de chaque activité et de chaque quintile dans les études électorales finlandaises, d'après lesquelles un chômeur vote environ trois quarts aussi souvent que la moyenne, et une personne du quintile le plus aisé une fois et un cinquième. Là où le vote est obligatoire et la loi appliquée, comme au Brésil, chacun pèse autant.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(P^{*}_c\)la cible de popularité de la case \(c\)1,61 point sous \(P^{*}\)
\(P^{*}\)la cible d'E12, celle d'un électeur qui ne jugerait que l'économie du pays
\(p_c\), \(\bar p\)ce que l'État a changé au revenu de la case, et à celui de tous les ménages, en %−9,4 ; −1
\(m_c\), \(\bar m\)ce que le marché y a changé0 ; 0
\(b_P\), \(b_M\)ce que vaut un point de revenu changé par l'État, et par le marché0,2 ; 0,05
\(d_U\)l'écart des chômeurs aux autres2,5 points
\(w_U\), \(w_c\)le poids des chômeurs parmi les électeurs, et celui de la case0,028
Voir la formule complète et ses sourcesQui vote et combien, le vote obligatoire, chaque paramètre avec sa source, ce que donne la France, et ce que l'équation laisse de côté.

La popularité d'E12 juge l'économie du pays, et c'est d'abord ainsi que chacun la juge. Une personne pèse aussi son propre revenu depuis l'arrivée du gouvernement, et davantage ce que l'État en a fait que ce qu'en a fait le marché ; perdre son emploi coûte au gouvernement quelques points de plus. La cible de popularité de la case c est

$$P^{*}_c = P^{*} + b_P\,(p_c - \bar p) + b_M\,(m_c - \bar m) - d_U\,\big(\mathbb{1}[c\ \text{au chômage}] - w_U\big)$$

et la popularité du pays est la moyenne de ses électeurs :

$$P^{*}_{\text{pays}} = P^{*} + \sum_c w_c\,\big(P^{*}_c - P^{*}\big)$$

Pendant une campagne, les promesses du joueur ajoutent à chaque cible ce que les électeurs leur accordent d'avance (E32).

P* est la cible d'E12. mc est la variation, en %, du revenu réel d'une personne de la case depuis l'arrivée du gouvernement, due au marché : la production et le chômage d'aujourd'hui, avec les postes du budget qu'il a trouvés en arrivant ; pc est ce que les postes d'aujourd'hui y ajoutent. Trois de ces postes bougent sans que personne le décide, et ceux que le gouvernement a trouvés bougent alors avec eux, sous les règles qu'il a trouvées : les retraites suivent les retraités (E59), la dépendance le grand âge (E66), l'allocation chômage le nombre de chômeurs (E54). Ce qui bouge ainsi est du marché, pas du gouvernement. p̄ et m̄ sont les mêmes variations pour le revenu de tous les ménages ensemble. wc est le poids de la case parmi les électeurs, wU celui des chômeurs. Chaque case, chaque groupe et le pays rejoignent leur cible au rythme de la popularité (E12), et restent entre 0 et 100.

Les revenus se lisent le premier de chaque mois, les décisions du mois en vigueur, et au jour où un gouvernement arrive : il est jugé depuis l'économie dont il hérite. Au départ de la partie, le gouvernement en place est jugé depuis le premier jour, comme dans E12.

Qui vote, et combien. Le poids d'une case est sa part de la population, fois la part de sa tranche d'âge qui a le droit de vote, fois — là où le vote n'est pas obligatoire — ce que pèse une personne de ses catégories parmi ceux qui votent :

$$w_c \propto x_c \cdot e_{a(c)} \cdot \prod_d \tau_{d,\,k_d(c)}, \qquad e_a = \mathrm{clip}\Big(\frac{A_{\max} - v}{A_{\max} - A_{\min}},\,0,\,1\Big)$$

où v est l'âge du vote du pays, Amin et Amax les âges de la tranche (les âges y sont tenus pour également répartis : de 15 à 24 ans, 0,7 votent à 18 ans, 0,9 à 16 ans), et τd,k la participation d'une personne de la catégorie k de la dimension d, comparée à la moyenne. Là où le vote est obligatoire, et la loi appliquée, tous les τ valent 1 : qui a le droit de vote vote.

GrandeurPays avancésÉmergentsBas revenuStatutSource
âge du vote18 ans, sauf les pays nommésidemidem
données
CIA World Factbook (2026) ; V-Dem v16 : 16 ans en Autriche, à Malte, au Brésil, en Argentine, en Équateur, à Cuba, au Nicaragua ; 17 en Grèce, en Indonésie ; 20 à Taïwan, au Bahreïn, au Cameroun ; 21 à Singapour, au Koweït, au Liban, à Oman…
vote obligatoire et appliqué—Brésil, Bolivie, Équateur, Pérou, Uruguay—
données
Factbook, Kostelka, Singh et Blais (2022), V-Dem ; aussi l'Australie, Singapour (avancés), la Corée du Nord, Samoa
participation par âge (vote libre)portée par l'activité15-24 ans : 0,84 ; 65 ans et plus : 1,1715-24 ans : 0,875 ; 65 ans et plus : 1,17
plage
CSES module 5, sept pays à revenu intermédiaire (OCDE, Society at a Glance 2024, figure 8.11) ; Afrobaromètre, 9e vague (18-35 ans, 56 ans et plus)
participation par activité (vote libre)en emploi 1,061 ; au chômage 0,753 ; inactif 0,796 ; retraité 0,997——
données
Statistique Finlande, législatives de 2023, registre électoral
participation par quintile (vote libre)0,824 ; 0,910 ; 0,994 ; 1,072 ; 1,200——
données
idem, par quintile de revenu disponible

Le vote obligatoire. Un vote obligatoire appliqué ajoute 14,5 à 18,5 points de participation ; un vote obligatoire sans sanction appliquée, 7,5 à 10 (Kostelka, Singh et Blais 2022, sur toutes les élections démocratiques de 1945 à 2017). Quand la participation baisse, les écarts entre jeunes et vieux, riches et pauvres se creusent (Persson, Solevid et Öhrvall 2013 : une élection suédoise refaite en 2011, où la participation est tombée de 80,6 à 44,1 %) ; à l'inverse, l'effet de l'éducation sur la participation s'amenuise sous un vote obligatoire faiblement appliqué, et plus encore sous un vote strictement appliqué (Dassonneville, Hooghe et Miller 2016). Le modèle en retient les deux cas nets : là où la loi est appliquée, personne ne s'abstient plus qu'un autre ; ailleurs, l'abstention de chacun suit les sources. Un pays où le vote est obligatoire dans la loi sans que la sanction s'applique (la Belgique depuis 2003 selon V-Dem, le Luxembourg, l'Argentine, la Grèce, le Mexique, la Thaïlande…) est compté comme un pays de vote libre.

ParamètreValeurStatutSource
own_income_policy bP0,2 point par point de son revenu changé par l'État
étude
Healy, Persson et Snowberg 2017, tableau 5 : 0,20 à 0,21, registre fiscal suédois apparié à l'enquête électorale de 2010 ; un point de probabilité de voter pour le gouvernement est compté comme un point de popularité
own_income_market bM0,05 point par point de son revenu changé par le marché
plage
le même tableau : 0,044 à 0,059 pour l'année électorale, 0,069 à 0,11 pour les années de récession
unemployed_gap dU2,5 points
plage
Upward et Wright 2024, tableau 1 : la perte d'emploi retire 2,1 à 3,1 points de soutien au parti au pouvoir, jusqu'à plus de six ans après

Pourquoi. La littérature ne permet pas de faire naître l'avis de chaque groupe de sa seule expérience : l'économie du pays fait l'essentiel de la réaction de chacun (Kinder et Kiewiet 1979 ; Di Tella, MacCulloch et Oswald 2001 : 86 % de ce que coûte un point de chômage tombe sur ceux qui gardent leur emploi). Elle mesure en revanche l'effet du revenu propre, sur registre, et le trouve quatre fois plus fort quand il vient d'une décision de l'État que de la conjoncture : les électeurs récompensent une baisse d'impôts et ne punissent guère une récession dont le gouvernement n'est pas responsable (Healy et al. 2017). D'où les deux coefficients, et l'écart mesuré depuis l'arrivée du gouvernement : dans cette étude, un changement de revenu de 2006-2007 compte encore au vote de 2010. Le chômage des uns ne rend pas le pays plus mécontent qu'E12 ne le dit déjà : les chômeurs se placent sous les autres, et les autres un peu au-dessus, d'autant que les chômeurs pèsent parmi les électeurs. Chaque électeur compte pour une voix, là où E12 compte chaque euro de revenu : un impôt payé par peu de gens, même riches, coûte moins de popularité qu'une TVA payée par tous.

Ce que ça donne. Mesuré sur la France, dans un monde calme : une baisse des retraites d'un point de PIB retire 9,4 % de revenu aux retraités et, quatre mois plus tard, 1,2 point de popularité chez eux, contre 0,4 chez les ménages modestes, les classes moyennes ou aisées, et 0,4 pour le pays. Au départ, les chômeurs se tiennent 2,5 points sous les autres, et le pays ne bouge pas.

Ce qui se lit sans passer par le revenu. Deux choses entrent dans la part « politique » de ce qu'un groupe tient l'État pour responsable sans qu'aucun revenu bouge : un âge du départ reculé, pour ceux qui en approchaient (E65), et l'aide aux personnes très âgées que l'État paie, pour les 65 ans et plus (E67). La rue (E33) les lit de même.

Ce que ça simplifie. Les coefficients viennent d'une étude suédoise et d'une étude britannique, appliquées à tous les pays. Un point de probabilité de vote individuelle est compté comme un point de popularité. Rien ne distingue ce que chaque groupe pense de l'inflation ou du chômage : la littérature dit que les ménages modestes craignent plus le chômage et les retraités plus l'inflation, sans donner de grandeur en points de popularité. Aucune perte ne pèse plus qu'un gain. Rien ne punit en propre une baisse des retraites chez les retraités : les études qui la cherchent ne la trouvent pas (Bansak, Bechtel et Margalit 2021 ; Ciobanu). La participation par activité et par quintile ne vient que de la Finlande, et les poids de plusieurs dimensions se multiplient comme si elles étaient indépendantes ; hors des pays avancés, seul l'âge pèse. Le vote obligatoire est tout ou rien : appliqué, il efface toute différence ; sans sanction, il ne change rien, alors qu'il ajoute encore 7,5 à 10 points de participation. Sous le vote obligatoire, ceux pour qui il est facultatif (les 16-17 ans et les plus de 70 ans au Brésil) votent comme les autres. Le niveau de la participation de chaque pays n'est pas lu : les poids sont relatifs, et les écarts d'un pays de vote libre sont ceux de la Finlande, que sa participation soit de 50 ou de 80 % ; lire la participation de chaque pays demanderait V-Dem, dont la licence (CC BY-SA 4.0) s'étendrait au fichier qu'on en tirerait. L'abstention ne répond pas au mécontentement : une consolidation budgétaire médiane ajoute 0,6 point d'abstention (Hübscher, Sattler et Wagner 2023), que le modèle ne compte pas. Aucun groupe ne penche vers un parti : les voix des partis (E20) ne lisent pas les groupes.

E29. Qui paie, qui reçoit

En clair

Le joueur décide combien pèse chaque poste du budget, et deux leviers décident en plus comment deux de ces postes se partagent entre les quintiles. Chaque levier déplace une part du poste, de la répartition que donnent les données vers une autre. La progressivité rend l'impôt sur le revenu plus lourd pour les plus aisés, ou le rapproche d'un impôt proportionnel au revenu. Le minimum vieillesse verse une part des retraites, à parts égales, aux retraités des deux quintiles les plus modestes. Les gens y répondent, en déclarant moins un revenu plus taxé, et en ne demandant pas toujours un minimum sous condition de ressources auquel ils ont droit. Le joueur ne tient pas la progressivité elle-même, puisqu'il règle le barème de l'impôt tranche par tranche, et ce levier sert aux gouvernements sans joueur. Qui paie la TVA dépend, lui, de ses taux par famille de biens, et qui reçoit les autres prestations, de la part de chacune des cinq.

Le joueur porte à 20 % le minimum vieillesse de la France. Comme 38 % de ce que verserait un minimum sous condition de ressources n'est jamais demandé, la part des retraites qui passe vraiment par la condition ne vaut que 0,2 × (1 − 0,38) / (1 − 0,38 × 0,2) = 0,134, si bien que les parts des quintiles font 13,4 % du chemin vers la répartition ciblée. Les retraites coûtent alors 1 − 0,38 × 0,2 = 0,924 fois ce qu'elles coûtaient, parce que le minimum que personne ne demande n'est pas versé. Dans la partie, le joueur lit et règle ce minimum en dollars par mois, ce que touche un retraité modeste qui le demande, et le jeu le ramène à cette part des retraites.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(v\), \(w\)la valeur du levier en %, et la même en fraction20 ; 0,2
\(s_q\), \(s'_q\)la part du poste qui revient au quintile \(q\), avant et après
\(t_q\)la répartition ciblée, le même montant pour chaque retraité dans les deux premiers quintiles
\(f_q\)la part du quintile dans le revenu avant impôts, vers laquelle va un impôt proportionnel
\(r\)la part du minimum vieillesse que personne ne demande0,38
\(w'\)la part du poste qui passe vraiment par la condition0,134
\(k\)ce que le poste rapporte ou coûte, comparé à avant, une fois que les gens ont répondu0,924

Au parlement, les partis jugent ces leviers sur le curseur de la gauche et de la droite économiques, où la progressivité et le minimum vieillesse vont vers « plus d'État ». Un gouvernement sans joueur qui arrive au pouvoir règle les deux leviers selon qu'il est plus à gauche ou plus à droite que celui du départ (E24).

Voir la formule complète et ses sourcesLes parts de chaque levier, ce que les gens répondent, jusqu'où va un levier, son vote, chaque paramètre avec sa source, ce que donne la France, et ce que l'équation laisse de côté.

Le joueur décide combien pèse chaque poste du budget (E26). Deux leviers décident en plus comment deux postes se partagent entre les quintiles. La TVA se règle famille de biens par famille de biens, et ses taux coûtent ou rapportent ce qu'ils déplacent (E38) ; les autres prestations se règlent une à une. Chacun déplace, d'une part w = v/100 de sa valeur v, les parts sq que les données donnent au poste (E27) vers une autre répartition, que le levier nomme ; les gens y répondent, et le poste rapporte ou coûte un peu moins qu'avant.

Le joueur ne règle pas la progressivité : il règle le barème de l'impôt sur le revenu, tranche par tranche (E52). Le levier reste dans le modèle pour les gouvernements sans joueur, et s'applique aux parts que le barème donne.

LevierPosteValeursVers quoi
income_tax_progressivityimpôt sur le revenu−100 à +100 %en dessous de zéro, un impôt proportionnel au revenu avant impôts ; au-dessus, autant plus loin de lui
minimum_pensionretraites0 à 100 %, lu en dollars par moisle même montant pour chaque retraité des deux quintiles les plus modestes, sous condition de ressources

Les parts

La progressivité écarte les parts de celles d'un impôt proportionnel, ou les en rapproche :

$$s'_q = \frac{\max\big(0,\; s_q + w\,(s_q - f_q)\big)}{\sum_{q'} \max\big(0,\; s_{q'} + w\,(s_{q'} - f_{q'})\big)}$$

où fq est la part du quintile q dans le revenu des ménages avant impôts, au départ : le revenu du marché, les retraites et les autres prestations (E27). À w = −1, s′ = f : chacun paie la même part de son revenu. Au-dessus de zéro, aucun quintile ne paie moins que rien.

Le minimum vieillesse va vers une répartition cible t :

$$s'_q = s_q + w'\,(t_q - s_q), \qquad t_q = \frac{n_q}{n_1 + n_2}\ \text{pour les deux quintiles les plus modestes}, \quad t_q = 0\ \text{ailleurs}$$

où nq est le nombre de personnes que le poste atteint dans le quintile q — les retraités —, chacune comptée par ce qu'elle en reçoit (h d'E27) : chacune reçoit le même montant. Un minimum sous condition de ressources n'est pas demandé par tous ceux à qui il revient : une part r n'est jamais versée, et de ce qui l'est, la part qui passe par la condition est

$$w' = \frac{w\,(1 - r)}{1 - r\,w}$$

avec r = minimum_pension_non_take_up.

Ce que les gens répondent

Le poste rapporte ou coûte k fois ce qu'il ferait sans réponse :

  • l'impôt sur le revenu : un revenu plus taxé est moins déclaré. Chaque quintile, de revenu avant impôts Yq et de taux moyen aq = sqM/Yq (M l'impôt au départ), déclare ΔYq = −ε Yq (a′q − aq)/(1 − aq), ε = taxable_income_elasticity ; ce revenu en moins est taxé au taux nouveau :
$$k = 1 + \frac{1}{M}\sum_q a'_q\,\Delta Y_q$$

Plus progressif, l'impôt rapporte un peu moins ; plus proche d'un impôt proportionnel, un peu plus ;

  • le minimum vieillesse : k = 1 − r w, le minimum que personne ne demande n'est pas dépensé.

Quand le levier passe de v à v′, le poste passe de L à L · k(v′)/k(v) : c'est ce que l'État encaisse ou verse. Le joueur le voit avant d'ordonner, dans le déficit et le montant de l'année ; revenir à la valeur d'avant rend le poste d'avant.

Jusqu'où

Un levier ne va pas plus loin que ce qu'il change encore : là où les données font payer tout l'impôt sur le revenu au quintile le plus riche (les pays à bas revenu : seul le décile le plus riche y paie des impôts directs, E27), il ne peut pas être plus progressif ; plus généralement, la progressivité s'arrête à la valeur où le dernier quintile sous l'impôt proportionnel ne paie plus rien, s'il ne reste alors qu'un quintile au-dessus. Le minimum vieillesse s'arrête à zéro là où le poste n'atteint personne chez les plus modestes. Là où les groupes ne jugent pas (le réglage, ou un pays dont les données ne décrivent pas les gens), aucun levier ne bouge.

Ce que le joueur lit : le minimum vieillesse en dollars

Le modèle garde le minimum vieillesse comme une part w des retraites. Le joueur, lui, le lit et le règle en dollars par mois, ce que touche un retraité des deux quintiles les plus modestes qui le demande :

$$a = \frac{w \cdot P_0 \cdot y}{12\, n}, \qquad P_0 = \frac{P}{1 - r\,w_{\text{en vigueur}}}$$
  • P est le poste des retraites versé aujourd'hui, en part de la production ; P0 est ce qu'il serait si chacun demandait son dû — c'est sur lui que la part est prise ;
  • y est la production par habitant, en dollars d'aujourd'hui par an ;
  • n est la part de la population que le minimum vise : les retraités des deux quintiles les plus modestes, comptés avec le chômage du jour.

Tous ceux à qui il revient, payés douze mois, prennent exactement la part mise de côté : 12 a n × la population = w P0 × la production.

Aucune équation ne change : c'est la même valeur, dite autrement. Le montant demandé est ramené à la part w = 12 a n / (P0 y) au moment de l'ordre, et c'est la part qui est votée, appliquée et sauvegardée. Là où les groupes ne jugent pas, le levier se lit comme avant, en % du poste.

Ce que ça simplifie.

  • Le montant suit le budget des retraites. La part étant fixe, le minimum monte avec la production et les prix, et monte ou baisse avec le poste des retraites : il se revalorise tout seul. Un minimum gelé en dollars, que l'inflation rogne et qu'il faut revaloriser par une loi, n'est pas représenté.
  • C'est un montant versé, pas un plancher. Chaque retraité modeste reçoit a en plus de ce que la part restante des retraites lui laisse ; un vrai minimum complète la pension jusqu'à un seuil, et ne donne rien à qui est déjà au-dessus.
  • Des dollars, pas la monnaie du pays : le jeu compte tout en dollars.

Le vote, et les gouvernements sans joueur

Au vote (E25, le vote par proximité), la valeur du levier, celle demandée et l'idéal de chaque parti se comptent en points de production que le levier fait passer d'un quintile à d'autres depuis la répartition des données, |m| = ½ M Σq |s′q − sq|, du signe du levier ; le pays part de zéro, l'écart entre les pays est ce que le levier peut déplacer au plus, et ce que les gens répondent compte dans le solde que craignent les partis. Le curseur et le pôle de chaque levier sont écrits dans les données du jeu : la progressivité et le minimum vieillesse vont vers « plus d'État » sur economic_left_right — la gauche les vote, la droite s'y oppose.

Un gouvernement sans joueur qui arrive au pouvoir règle les deux leviers selon l'écart entre son parti et celui du départ : c'est la répartition de son camp, un comportement d'E24, que la rationalité pure éteint.

ParamètreValeurStatutSource
taxable_income_elasticity ε0,25
plage
Saez, Slemrod et Giertz 2012 : les meilleures estimations vont de 0,12 à 0,40 ; une part est de l'évasion, une part du travail en moins, toutes comptées ici comme une recette perdue
minimum_pension_non_take_up r0,38
calcul
DREES 2022 : fin 2016, la moitié des personnes seules éligibles au minimum vieillesse ne le perçoivent pas ; en montant, 790 millions d'euros non versés pour 1 300 versés, 790 / 2 090 = 0,38
GrandeurValeurStatutSource
quintiles modestes2 : les 40 % les plus modestes
choix
la frontière des aides sous condition de ressources n'est pas un quintile ; deux quintiles gardent le levier lisible
bornes des leviers−100 à +100 %, 0 à 100 %
choix
chaque bout a un sens : l'impôt proportionnel, toutes les retraites en minimum

Pourquoi. Chaque poste du budget a ses gagnants et ses perdants (E27) ; changer qui paie sans changer combien est le cœur de la politique sociale — la progressivité de l'impôt, le minimum vieillesse — et laisse le joueur arbitrer entre groupes. Les bouts de chaque levier sont des définitions, pas des grandeurs calées. Les réponses qui comptent le plus sont dans le modèle, avec des grandeurs mesurées : l'impôt progressif fait déclarer moins, le minimum n'est pas toujours demandé — ce qui l'allège pour le budget et le rend moins généreux pour ceux qu'il vise.

Ce que ça donne. Mesuré au premier jour, à l'instant, avant que l'économie réponde : le revenu de chaque groupe, l'écart de son avis à la cible du pays, le solde primaire, et le vote.

FranceModestesClasses moyennesAisésRetraitésAvis : modestes, aisés, tousSoldeVote (sièges)
progressivité +50 %+2,7 %+1,0 %−2,4 %+1,0 %+0,61 ; −0,66 ; +0,11−0,02 point54 pour, 33 contre
minimum vieillesse 20 %+3,5 %−4,1 %−1,7 %−8,7 %+0,89 ; −0,80 ; −0,30+1,13 point67 pour, 33 contre

Le minimum vieillesse économise ce que personne ne demande, près de deux cinquièmes de ce qu'il promet. En Éthiopie, l'impôt sur le revenu, payé par le seul quintile le plus riche, ne peut pas être plus progressif : le levier s'arrête à zéro. Sans joueur, en dix ans d'élections sans chocs, 109 pays sur 240 ont un gouvernement qui bouge ces leviers, 49 plus à gauche que celui du départ, 60 plus à droite ; la progressivité y va de −16 à +14 %.

Ce que ça simplifie. Les réponses sont instantanées : le revenu déclaré et les demandes d'aide suivent le levier le jour même. Le revenu que les plus aisés ne déclarent plus est une recette perdue, pas une production perdue : l'évasion et le travail en moins ne sont pas distingués, et la croissance ne bouge pas. Les taux moyens tiennent lieu de taux marginaux, que la table n'a pas. Le non-recours vient de la France, au minimum vieillesse des personnes seules, et vaut partout ; il ne dépend ni du montant du minimum ni de sa complexité. Les « modestes » sont deux quintiles, sans seuil ni dégressivité. Les partis ne jugent ces leviers que sur la gauche et la droite économiques.