Partis et sièges
Qui gagne les voix que le gouvernement perd, et comment ces voix deviennent des sièges. Cette page couvre les équations E19, E20 et E21.
En clair
Chaque pays a ses partis, et chacun est placé sur douze curseurs, de 0 à 100, qui disent ce qu'il pense de l'économie, de la société, du monde et du pouvoir (E19). Le jour d'une élection, le camp au pouvoir gagne ou perd des voix selon l'économie, comme le dit E15. Quand il en perd, ses partenaires en perdent plus que le parti qui le dirige, et ces voix vont surtout aux partis d'opposition qui lui ressemblent (E20). Une formule propre à chaque pays change ensuite les voix en sièges, et un même vote donne une assemblée très différente selon la formule (E21).
Dans la partie
Le joueur dirige le parti qui est à la tête du gouvernement. L'onglet « Politique » montre les institutions du pays, qui gouverne, et le tableau des partis avec leur famille, leurs voix à la dernière élection, leurs sièges et les intentions de vote du jour, et un clic sur un parti montre sa position sur chacun de ses curseurs. La partie est perdue quand le parti du joueur ne tient plus ni la présidence ni la tête du gouvernement (E22). En France, au 1er janvier 2026, Nouvel Élan dirige un gouvernement minoritaire avec la Maison démocrate et Perspectives. Les noms des partis et de leurs chefs sont inventés, mais leurs positions, leurs voix et leurs sièges sont ceux des données. À la création d'une partie, le réglage « Partis et coalitions » permet d'éteindre les partis, et une élection oppose alors le gouvernement à tous les autres.
Les bases
Le jeu décrit un parti par ce qu'il défend. En 2019, une enquête, le Global Party Survey, a demandé à des experts de chaque pays où se situe chaque parti sur une vingtaine de questions, comme le rôle de l'État dans l'économie, l'immigration ou le respect des contre-pouvoirs. Le jeu en retient douze, qui deviennent douze curseurs allant chacun de 0 à 100, avec 50 pour milieu.
Deux partis sont proches quand leurs positions se ressemblent sur l'ensemble des curseurs. Le jeu mesure cette proximité par une distance, l'écart moyen entre leurs positions, où les grands écarts comptent davantage que les petits. Elle vaut 0 entre deux partis identiques et 100 entre deux partis opposés sur tout.
Chaque parti a aussi une famille, comme « droite libérale » ou « nationalisme autoritaire », qui est celle dont le centre est le plus proche de ses positions. Elle sert à présenter le parti, mais aucun calcul ne la lit. Le studio l'a voulu ainsi, parce qu'un comportement attaché à la famille ferait agir de la même façon deux partis d'une même famille, alors que des positions sur des curseurs laissent chaque parti à sa place.
Le camp au pouvoir réunit les partis du gouvernement, et les autres forment l'opposition. Dans une coalition, un parti dirige le gouvernement et les autres sont ses partenaires.
Enfin, chaque pays a ses institutions, tirées de bases de données sur les régimes politiques du monde. Elles disent s'il vote, d'où vient son gouvernement et comment ses voix deviennent des sièges.
E19. Les partis, leurs curseurs et les institutions
En clair
Chaque parti est une liste de douze positions, de 0 à 100, que le jeu charge au début de la partie et ne change plus. Un parti ne se déplace donc jamais, et aucun ne naît ni ne disparaît en cours de partie. Au départ, chaque parti a les voix et les sièges de la dernière élection que décrivent les sources, et chaque pays a le gouvernement en place au 1er janvier 2026.
Sur le curseur de l'économie, où 0 veut dire « plus d'État » et 100 « plus de marché », Le Peuple indocile est à 10, Nouvel Élan à 66,9 et Héritage républicain à 80. Sur celui du populisme, le Ralliement de la Nation est à 92,5 et la Maison démocrate à 22. Deux partis peuvent être voisins sur un curseur et éloignés sur un autre. Le Ralliement de la Nation est au milieu sur l'économie, à 55, mais tout en haut sur l'immigration restrictive, à 96,9.
Les douze curseurs :
| Curseur | À 0 | À 100 |
|---|---|---|
| Économie : État ou marché | plus d'État | plus de marché |
| Dépenses ou impôts | plus de dépenses publiques | moins d'impôts |
| Environnement | pour sa protection | contre sa protection |
| Valeurs de société | libérales | conservatrices |
| Immigration | ouverte | restrictive |
| Droits des minorités | défendus | combattus |
| Droits des femmes | défendus | combattus |
| Rapport au monde | multilatéralisme | nationalisme |
| Populisme | pluraliste | populiste |
| Démocratie libérale | respectée | sapée |
| Contre-pouvoirs | défendus | rejetés pour un homme fort |
| Biens publics | pour tous | pour ses partisans |
Voir la formule complète et ses sourcesD'où viennent les positions, les voix, les sièges, les gouvernements et les institutions, et ce que ces données laissent de côté.
Chaque parti est un profil : une position de 0 à 100 sur chacun des douze curseurs du jeu. Chaque curseur est une question du Global Party Survey 2019 (Norris 2020), posée à des experts de chaque pays, sur une échelle de 0 à 10 ramenée à 0 à 100 :
| Curseur | Question du Global Party Survey | 0 | 100 |
|---|---|---|---|
economic_left_right | V4, gauche-droite économique | l'État dans l'économie | le marché |
spending_taxes | V11, dépenses publiques ou impôts | plus de dépenses publiques | moins d'impôts |
environment | V12, protection de l'environnement | la défend | s'y oppose |
social_values | V6, valeurs sociales | libérales | conservatrices |
immigration | V10, immigration | politique ouverte | politique restrictive |
minority_rights | V15, droits des minorités ethniques | les défend | s'y oppose |
womens_rights | V14, droits des femmes | les défend | s'y oppose |
nationalism | V13, nationalisme ou multilatéralisme (inversé) | multilatéralisme | nationalisme |
populism | V8, rhétorique populiste | pluraliste | populiste |
illiberalism | V16, principes de la démocratie libérale | les respecte | les sape |
strongman | V21, contre-pouvoirs face à l'exécutif | les défend | les rejette |
clientelism | V17, à qui vont les biens publics | à tous | surtout aux siens |
Un parti a aussi une famille, le nom de la région des curseurs où il se trouve (« droite libérale », « nationalisme autoritaire ») : celle dont le centre est le plus proche de son profil, en distance quadratique moyenne pondérée sur les six curseurs que nomment les familles (l'économie compte double, l'environnement moitié, le populisme, l'illibéralisme et le nationalisme un quart : les poids qui font le mieux retrouver les familles de ParlGov). La famille ne sert qu'à l'affichage : aucune équation ne la lit. Un parti peut revendiquer une religion, ou aucune. Chaque pays a ses institutions : un régime (démocratie, autocratie électorale, autocratie fermée), le type de son autocratie s'il en est une (parti, personnel, militaire, monarchie, oligarchie, théocratie), son chef d'État (président, monarque constitutionnel, monarque régnant ou absolu, guide suprême), d'où vient son gouvernement (le parlement, la présidence, un groupe au pouvoir) et la formule qui fait des voix des sièges (E21). Le jeu ne lit que trois propriétés de ces types : y a-t-il des élections, et lesquelles (E23) ; d'où vient le gouvernement (E22) ; quelle formule (E21).
Au départ, chaque parti a sa part des voix et des sièges à la dernière élection que les sources décrivent, ramenées à 100 sur les partis qui se présentent ; le gouvernement est celui en place le 1er janvier 2026, avec le parti qui le dirige. Dans une autocratie sans partis, le pouvoir (une maison royale, une junte, un clergé) est un groupe au pouvoir : un profil comme un parti, mais qui ne se présente à aucune élection.
| Grandeur | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| les positions des partis | par parti, douze curseurs | Global Party Survey 2019 (Norris 2020, CC0) ; pour les partis qu'il ne mesure pas, ParlGov 2024 (CC0) sur deux axes, les autres curseurs de famille pris au centre mesuré de la famille ParlGov du parti | |
| les centres des familles | 14 familles, six curseurs | 8 familles mesurées (la moyenne des profils GPS des partis que ParlGov range dans la même famille), 6 placées par choix, chacune avec sa justification | |
| les voix et les sièges de départ | par parti | la plus récente de : résultats officiels (ministères, commissions électorales), ParlGov, Database of Political Institutions 2023 (CC BY 4.0), Global Party Survey | |
| le gouvernement de départ | par pays | WhoGov 4.0 (Nyrup et Bramwell, CC BY 4.0), au 1er janvier 2026 | |
| les institutions | par pays | Political Regimes of the World 3.0 (CC0), Database of Political Institutions 2023, et corrections sourcées à la main |
Pourquoi. Un gouvernement « libéral » ou « populiste » fixé une fois pour toutes ferait se comporter pareil deux partis d'une même famille, et chaque nuance nouvelle demanderait une règle de plus. Des positions sur des curseurs, mesurées pour 1 043 partis de 163 pays par une même enquête, laissent au contraire chaque parti à sa place, et un curseur s'ajoute par une ligne de données. Le Global Party Survey est la seule enquête d'experts de cette couverture dont la licence permet à un jeu commercial de reprendre les chiffres (V-Dem et Wikipédia imposent le partage à l'identique, le Chapel Hill Expert Survey n'affiche aucune licence).
Ce que ça simplifie. Les positions sont celles de 2019, fixes pendant toute la partie : un parti ne se déplace pas, ne naît pas et ne meurt pas. Aucune source ouverte ne mesure le poids de la religion dans la politique d'un parti : il n'y a pas de curseur religieux, seulement la religion revendiquée. Un parti qu'aucune source ne place est laissé de côté, même quand il compte (en France, les alliés de l'extrême droite réunis dans le groupe UDR) ; un parti sous 1 % des voix aussi, sauf s'il gouverne. Les voix de départ ne datent pas de la même année partout : les résultats officiels les plus récents là où ils ont été relevés, sinon ParlGov (jusqu'à mi-2023), le DPI (la législature de janvier 2023) ou le GPS (jusqu'en 2019) ; quand une source ne donne que les sièges, les sièges tiennent lieu de voix. La démocratie libérale et la démocratie électorale ne sont pas distinguées : la source qui le fait, V-Dem, est sous licence contaminante. Les noms des partis et de leurs chefs sont fictifs.
E20. Le vote de chaque parti
En clair
Le camp au pouvoir gagne ou perd autant de points que le score d'E15 en a gagné ou perdu depuis la dernière élection. Quand il gagne, chacun de ses partis garde sa part du camp, et l'opposition paie en proportion de ses voix. Quand il perd, ses partenaires perdent 2,2 fois plus que le parti qui le dirige, en proportion de leurs voix, et ces voix vont à l'opposition. Un parti d'opposition en reçoit d'autant plus qu'il a de voix et qu'il est proche du gouvernement, son attrait étant divisé par deux tous les 35 points de distance. Après un défaut, l'extrême droite de l'opposition, c'est-à-dire ses partis à la fois populistes et conservateurs, gagne jusqu'à un tiers de ses propres voix en cinq ans, prises aux autres partis d'opposition, puis ce gain retombe à rien au bout de dix ans. En cohabitation, c'est le parti du président, seul, qui tient le rôle du gouvernement, tandis que les partis du gouvernement comptent comme l'opposition (E22).
En France, le gouvernement de Nouvel Élan, de la Maison démocrate et de Perspectives réunit un quart des voix de 2024. Si l'économie lui fait perdre 5 points, Nouvel Élan, qui le dirige, perd 13 % de ses voix, et ses deux partenaires en perdent 29 %. Le Ralliement de la Nation est le plus éloigné du gouvernement, à 41,9 points de distance, mais comme c'est aussi le plus gros parti, il passe de 34,6 % à 36,4 %. L'Alliance socialiste, bien plus proche, passe de 11,7 % à 12,7 %.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(G_0\) | la part des partis du gouvernement à la dernière élection | 24,6 % |
| \(V_0\), \(V_t\) | le score d'E15 le jour de la dernière élection, et aujourd'hui | \(V_t - V_0 = -5\) |
| \(G_t\) | la part du gouvernement aujourd'hui | 19,6 % |
| \(f\) | un plancher, que la part du gouvernement ne franchit jamais | 1 % |
| \(\Delta\) | les points que perd le gouvernement | 5 |
| \(\ell_k\) | ce que perd le parti \(k\) du gouvernement | |
| \(\omega_k\), \(H\) | le poids de la perte, 1 pour le parti qui dirige et \(H\) pour un partenaire | \(H = 2{,}2\) |
| \(v_k\), \(v_k'\) | la part d'un parti avant et après | |
| \(d_k\) | la distance du parti \(k\) au gouvernement, sur les douze curseurs | 41,9 pour le Ralliement de la Nation |
| \(h\) | la distance qui divise l'attrait par deux | 35 points |
| \(\gamma\), \(T\) | le gain de l'extrême droite après un défaut, au plus haut, et sa durée | 0,33 ; 10 ans |
Voir la formule complète et ses sourcesChaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
Entre deux élections, et le jour du vote, le camp au pouvoir bouge d'autant que l'équation d'Abramowitz a bougé depuis la dernière élection :
G0 est la part des partis du gouvernement à la dernière élection (ou au départ), V0 ce que l'équation d'E15 donnait ce jour-là, Vt ce qu'elle donne aujourd'hui, avec le tirage zE le jour du vote et sans lui entre deux votes. Quand le gouvernement gagne, chacun de ses partis garde sa part (vk × Gt/G0), et les gains sont pris à l'opposition en proportion de ses parts. Quand il perd Δ = G0 − Gt points, ses partenaires juniors perdent H fois plus que le parti qui le dirige, relativement à leur part, et l'opposition reçoit ces voix d'autant plus qu'elle est proche du gouvernement :
dk est la distance du parti k au gouvernement : la racine de la moyenne des carrés des écarts sur tous les curseurs, entre son profil et celui du gouvernement (les profils de ses partis, pondérés par leurs sièges). Aucun parti ne perd plus qu'il n'a : ce qu'un partenaire ne peut plus perdre retombe sur les autres partis du gouvernement, dans les mêmes proportions.
En cohabitation (E22), le camp que l'équation juge est celui du président : c'est son parti, seul, qui tient ici le rôle du gouvernement — sa part, ses pertes, et la distance des autres partis à son profil ; les partis du gouvernement comptent comme l'opposition. V y est l'équation de l'élection qui vient : sans prime au changement quand c'est celle de l'assemblée (E15).
Après une crise financière, l'extrême droite monte. Pendant T ans après un défaut (E16), chaque parti d'extrême droite de l'opposition gagne une part de son propre vote qui monte linéairement jusqu'à γ à mi-parcours, puis redescend jusqu'à rien :
τ est le nombre d'années depuis le défaut. Ce gain est pris aux autres partis de l'opposition, en proportion de leurs parts ; le gouvernement ne le paie pas, puisqu'il a déjà perdu ce que la crise lui coûte par E15. Est d'extrême droite un parti populiste-conservateur au sens de la typologie du Global Party Survey : populiste au-delà de populist_threshold, et conservateur, au moins à crisis_extreme_social_values, sur les valeurs sociales.
| Variable | Sens | Unité | Bornes |
|---|---|---|---|
vote (v) | part de chaque parti à la dernière élection | % des voix | 0 à 100, somme 100 sur les partis qui se présentent |
vote_baseline (V0) | le vote d'E15 le jour de la dernière élection ou du dernier changement de gouvernement, interne | % | non contrôlée |
| intentions | la part de chaque parti si l'on votait aujourd'hui, pour l'affichage | % des voix | somme 100 |
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
junior_loss_ratio H | 2,2 | Klüver et Spoon 2020, données de réplication (1 156 partis-élections, 28 pays européens, 1972-2017) : les partenaires juniors gardent 86,5 % de leur vote à l'élection suivante, le parti du chef du gouvernement 94,0 % ; pertes de 13,5 % et 6,0 %, rapport 2,2 (médianes 12,5 % et 5,8 %) | |
vote_proximity_half_distance h | 35 points de curseur | aucune étude ne publie de distance de demi-décroissance ; l'expérience de choix de Gunderson et Marks 2026 (−0,100 de probabilité de choix à une position d'écart sur cinq, −0,249 à deux) donne 1,3 à 1,7 position, soit 30 à 45 points sur 100 : une dérivation fragile, d'un document non relu | |
government_vote_floor f | 1 % | un plancher numérique : aucun gouvernement des données n'en approche | |
crisis_extreme_gain γ | 0,33 de leur vote | Funke, Schularick et Trebesch 2016, tableau 5 : le vote d'extrême droite croît de 8,4 %, 16,4 %, 21,0 %, 27,5 % et 32,8 % (en relatif) les années 1 à 5 après une crise financière | |
crisis_extreme_years T | 10 ans | idem, p. 29-30 : le pic vers la cinquième année, l'effet retombé à 20 % ou moins la dixième, non significatif après la huitième | |
crisis_extreme_social_values | 50 sur 100 | Global Party Survey 2019, codebook : sa typologie « Type_Populist_Values » range un parti parmi les conservateurs quand sa position sur V6 vaut 5 ou plus sur 10 (V6_Bin) | |
populist_threshold | 75 sur 100 | voir E24 |
Pourquoi. L'équation d'Abramowitz dit combien le camp au pouvoir gagne ou perd ; elle ne dit pas à qui. Les partenaires juniors d'une coalition paient davantage que le parti qui la dirige : c'est le résultat le plus solide de Klüver et Spoon. Les voix perdues vont d'abord aux partis voisins, ce que tous les modèles spatiaux du vote supposent. Après une crise financière, l'extrême droite progresse d'un tiers en cinq ans, dans vingt économies avancées depuis 1870, et l'extrême gauche ne bouge pas significativement.
Ce que ça simplifie. Le camp au pouvoir bouge d'un bloc, d'une équation estimée sur les présidentielles américaines, et ses voix vont à l'opposition selon la seule distance sur les curseurs : ni les enjeux du moment, ni les candidats, ni l'usure propre d'un parti ne comptent. Seul un défaut souverain compte comme crise financière : le modèle n'a pas de crise bancaire. Funke et al. mesurent l'extrême droite de vingt pays avancés ; la règle s'applique à tous les pays, et l'extrême droite y est reconnue à deux seuils sur des curseurs, quand ces auteurs dressent une liste de partis. La demi-distance de 35 points est un choix. Les intentions de vote affichées entre deux élections sont celles du jour, sans le tirage : elles ne font que suivre la popularité et la croissance.
E21. Des voix aux sièges
En clair
À la proportionnelle, chaque parti qui atteint le seuil du pays reçoit la même part des sièges que sa part des voix, rapportée aux partis qui atteignent le seuil. Au scrutin majoritaire à un tour, le premier parti reçoit bien plus que ses voix, parce que le jeu élève les voix de chaque parti à la puissance 2,5 avant de partager les sièges. Le scrutin mixte donne une part des sièges à la proportionnelle et le reste au majoritaire. Au scrutin à deux tours, comme en France, le jeu imagine tous les seconds tours possibles, et chaque duel entre deux partis pèse d'autant plus que les deux ont de voix. Dans chaque duel, les électeurs des autres partis votent pour le plus proche des deux, et les sièges du duel se partagent à la puissance 2,5. Pour la France, le studio a préféré ces duels à la règle du scrutin à un tour, qui y donnerait les trois quarts des sièges au premier parti dès qu'il dépasse le tiers des voix.
Aux élections de 2024, le Ralliement de la Nation a 34,6 % des voix, ramenées aux partis qui se présentent. À la proportionnelle avec un seuil de 5 %, il aurait 35,6 % des sièges, et au scrutin majoritaire à un tour, 77,3 %, soit la majorité à lui seul. Au scrutin à deux tours, il en a 37,8 %. Il gagne chacun de ses duels, mais de peu, parce que les électeurs des autres partis sont plus proches de son adversaire et se reportent plutôt sur cet adversaire, et près de la moitié des duels se jouent sans lui.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(v_k\) | la part des voix du parti \(k\) | 34,6 % |
| \(s_k\) | sa part des sièges, selon la formule | |
| \(\theta\) | le seuil à atteindre pour avoir des sièges à la proportionnelle | 5 % |
| \(x\) | la puissance du scrutin majoritaire | 2,5 |
| \(\lambda\) | la part des sièges à la proportionnelle, au scrutin mixte | |
| \(a_{kl}\) | les voix du parti \(k\) dans son duel contre \(l\), reports compris | |
| \(d_{mk}\) | la distance entre les partis \(m\) et \(k\) | |
| \(h\) | la distance qui divise par deux l'attrait d'un finaliste | 35 points |
Voir la formule complète et ses sourcesLes quatre formules, le calendrier de l'Assemblée française, chaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
Le jour du vote, les voix deviennent des sièges par la formule du pays :
La proportionnelle donne les sièges en proportion des voix des partis qui franchissent le seuil θ du pays (si aucun ne le franchit, tous partagent) ; le scrutin majoritaire, la loi en puissance, qui donne au premier parti plus que ses voix ; le scrutin mixte, la part λ du pays à la proportionnelle et le reste au majoritaire.
Le scrutin à deux tours joue la loi en puissance dans chaque duel d'un second tour. Dans une circonscription, les deux partis qualifiés sont tirés en proportion de leurs voix : le duel entre k et l pèse une part des sièges proportionnelle à vk·vl. Dans ce duel, les électeurs de chaque autre parti m se partagent entre les deux selon leur proximité, divisée par deux tous les h points de distance, comme au second tour d'une présidentielle (E22) :
dmk est la distance entre les profils des partis m et k (E19). Avec deux partis, il n'y a qu'un duel et personne pour se reporter : c'est la formule majoritaire. Avec plus de partis, un parti que tous les autres électorats trouvent loin gagne moins de sièges que de voix, et un parti du centre davantage.
| Variable | Sens | Unité | Bornes |
|---|---|---|---|
seats (s) | part des sièges de chaque parti | % des sièges | 0 à 100, somme 100 |
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
seat_exponent x | 2,5 | la loi du cube (exposant 3) est la valeur théorique d'un scrutin uninominal (Taagepera 1973) ; mesuré, l'exposant vaut de 2 à 2,6 au Royaume-Uni et environ 2 à la Chambre des États-Unis (King et Browning 1987 ; Gelman et King 1994) |
| Grandeur | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| la formule, le seuil θ, la part proportionnelle λ | par pays | Database of Political Institutions 2023 (housesys, pr, thresh) et corrections sourcées (λ du Japon, du Mexique, de la Corée… ; le scrutin à deux tours de la France) | |
| la règle du scrutin à deux tours | chaque duel pesé par le produit des voix, les reports par proximité, la loi en puissance dans le duel | la loi du cube vaut pour un duel (Taagepera 1973) ; les reports par proximité sont ceux du second tour d'une présidentielle (E22) ; que les deux qualifiés d'une circonscription soient tirés en proportion de leurs voix est un choix | |
| le calendrier de l'assemblée élue à part | la France : dernière élection le 7 juillet 2024, mandat de cinq ans | Constitution, article 12 ; code électoral, article LO 121 |
Pourquoi. Ce qui décide d'un gouvernement parlementaire, ce sont les sièges, et un même vote donne des sièges très différents selon la formule : c'est ce qui fait qu'un parti à 35 % gouverne seul au Royaume-Uni, et jamais aux Pays-Bas.
Quand. Les sièges changent à l'élection qui décide qui gouverne (E15), sauf là où l'assemblée est élue à part, avec son propre calendrier : ils changent alors à ses élections à elle, et l'élection du président les laisse tels quels. Seule la France a pour l'instant un calendrier de l'assemblée à part ; les autres pays qui élisent un président gardent la règle commune, faute de dates vérifiées.
Ce que ça simplifie. Aucune circonscription : la loi en puissance résume à l'échelle nationale ce que font des centaines de duels locaux, avec le même exposant partout, et un parti régional fort dans quelques circonscriptions n'y gagne rien de plus. La proportionnelle est celle d'une assemblée infinie : ni les petites circonscriptions ni la méthode de répartition (d'Hondt, Sainte-Laguë) ne changent le résultat. Au scrutin à deux tours, pas d'alliance ni de désistement : chaque parti présente son candidat partout, la gauche française en quatre partis et non en une union, et le second tour n'oppose que deux candidats (pas de triangulaire) ; un duel entre deux petits partis pèse aussi peu que le produit de leurs voix, mais il existe.