Budget
Ce que l'État perçoit, ce qu'il dépense, poste par poste, et la manière dont les gouvernements sans joueur tiennent leur dette. Cette page couvre les équations E8, E9 et E26.
En clair
Le budget compte quinze postes, huit de dépenses et sept de recettes, tous en pourcentage du PIB. Les dépenses primaires sont la somme des postes de dépenses, et les recettes celle des postes de recettes et de quelques recettes que personne ne fixe (E26). Chaque poste de recettes rassemble des impôts dont le joueur fixe le taux (E35). La différence entre les recettes et les dépenses s'appelle le solde primaire, et elle bouge aussi toute seule quand la conjoncture change (E8). Les gouvernements sans joueur, eux, suivent une règle qui vise le solde empêchant leur dette de dériver, en corrigeant leur trajectoire sur plusieurs années (E9).
Dans la partie
Le joueur fixe chaque poste de dépenses par sa part du budget et chaque impôt par son taux. Un poste de dépenses peut aller de 0 à 40 points de PIB, à condition que le total de son côté ne dépasse pas 80 points. Dans une démocratie, le parlement vote chaque changement, qui prend effet le 1er du mois suivant le vote (E25). Si le pays est exclu des marchés, il ne peut plus dépenser davantage que ses recettes hors effet de la conjoncture, quoi que décide le joueur (E16). Une France laissée telle quelle garde son déficit primaire de 4 points, si bien que sa dette entre dans la zone de risque, où une crise de confiance tirée au hasard la fait tomber en défaut en février 2034, avec une dette de 156 % du PIB. Les pays sans joueur y échappent, parce que leur règle referme ce déficit (§7.3).
Les bases
Chaque année, l'État perçoit des recettes, surtout des impôts et des cotisations, et il dépense pour les écoles, les hôpitaux, les retraites ou l'armée. PREEMINENCE compte les unes et les autres en pourcentage du PIB, la valeur de tout ce que le pays produit dans l'année. Des recettes de 51 % signifient que l'État prélève 51 euros sur chaque tranche de 100 euros produite dans le pays.
Le solde primaire est la différence entre les recettes et les dépenses, sans compter les intérêts de la dette. Quand il est positif, l'État dégage un excédent. Négatif, il signale un déficit, que l'État doit couvrir en empruntant.
Le budget bouge aussi sans que personne ne décide rien. En récession, les impôts baissent avec l'activité tandis que les dépenses votées restent les mêmes en euros, de sorte que le déficit se creuse tout seul, et une période de croissance produit l'effet inverse. On appelle ce mécanisme les stabilisateurs automatiques, parce qu'il amortit les hauts et les bas de l'économie.
E8. Le solde primaire et les stabilisateurs automatiques
En clair
Le solde primaire vaut les recettes moins les dépenses, plus un terme qui suit la conjoncture. Chaque point d'activité perdu sous le potentiel du pays dégrade le solde d'environ la part des dépenses dans le PIB, telle qu'elle était au départ.
Avec des recettes de 51 % du PIB et des dépenses de 55 %, le solde décidé vaut −4 points, et la part des dépenses donne une sensibilité de 0,55, celle de la France. Une récession qui fait tomber l'activité 2 % sous son potentiel retire alors 0,55 × 2 = 1,1 point de plus, et le solde passe à −5,1 points sans qu'aucune décision n'ait changé.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(s\) | le solde primaire, en % du PIB | −5,1 |
| \(T\) | les recettes | 51 % |
| \(G\) | les dépenses primaires | 55 % |
| \(\varepsilon\) | la sensibilité du solde à la conjoncture, la part des dépenses au départ | 0,55 |
| \(\tilde y\) | l'écart de production (E1) | −2 |
Voir la formule complète et ses sourcesChaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
| Grandeur | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| ε, semi-élasticité du solde à l'écart | la part des dépenses dans le PIB au départ, par pays (France 0,55) | FMI, Fiscal Monitor d'avril 2015, chapitre 2 : les stabilisateurs valent à peu près la part des dépenses dans le PIB. Recoupé : moyenne OCDE 0,44 (Girouard et André 2005), UE 0,50, de 0,30 (Bulgarie) à 0,63 (France) (Mourre, Poissonnier et Lausegger 2019) |
Pourquoi. Les recettes suivent le PIB (élasticité proche de 1 : Belinga et al. 2014 ; Dudine et Jalles 2018), alors que les dépenses votées restent en euros : quand l'activité recule d'un point, la part des dépenses dans le PIB grimpe d'autant, et le solde se dégrade de ε point. Le modèle l'écrit ainsi : les recettes restent une part fixe du PIB, et c'est la part des dépenses qui baisse d'ε point par point d'écart, G − ε ỹ. Le solde est le même que si tout passait par les recettes ; ce qui change, c'est le revenu des ménages (E14) : un impôt qui prendrait une part croissante du PIB en expansion leur retirerait plus que la croissance ne leur apporte. Ce que ça simplifie : les allocations chômage, qui montent en récession, ne sont pas distinguées du reste de la dépense ; elles viendront avec le détail du budget.
E9. Le budget des pays sans joueur
En clair
Un gouvernement sans joueur vise un solde fait de trois morceaux. Le premier empêche sa dette de dériver, en payant ce que coûtent les intérêts au-delà de ce que la croissance efface. Le deuxième ajoute un effort chaque fois que la dette remonte au-dessus du plus bas niveau qu'elle a atteint, tandis que le troisième corrige peu à peu l'écart que le pays avait au départ. Pour atteindre ce solde, le gouvernement n'ajuste que ses dépenses, jamais ses impôts, et il ne les fait jamais descendre sous 5 % du PIB.
Prenons une dette de 110 % du PIB, un taux de long terme de 3,4 % et une croissance nominale, inflation comprise, de 3,1 %. Pour que la dette ne bouge pas, il faut un excédent de (3,4 − 3,1) / 103,1 × 110 = 0,32 point. Si la dette est en plus remontée de 5 points au-dessus de son plus bas, la règle demande 0,054 × 5 = 0,27 point de plus. Un pays parti avec un solde trop bas de 3 points corrige la moitié de cet écart en dix ans. Le studio a retenu dix ans plutôt que cinq, parce qu'avec cinq ans tous les pays sans joueur resserraient leur budget en même temps, ce qui provoquait un creux mondial vers 2030.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(s^{w}\) | le solde que vise le gouvernement | |
| \(i^{LR}\) | le taux d'intérêt de long terme | 3,4 % |
| \(\gamma\) | la croissance nominale de long terme | 3,1 % |
| \(d\) | la dette, en % du PIB | 110 |
| \(\rho\) | l'effort par point de dette au-dessus du plus bas | 0,054 |
| \(d^{anc}\) | la dette la plus basse atteinte depuis le départ | |
| \(\Delta_0\) | l'écart de départ, qui s'efface de moitié en dix ans | −3 |
| \(G_{\min}\) | le plancher des dépenses | 5 % |
Voir la formule complète et ses sourcesLa forme exacte au pas d'un jour, chaque paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.
avec γ la croissance nominale de long terme, (1 + g*)(1 + π̄) − 1 ; iLR le taux de marché de long terme (E10, taux directeur au neutre), ou, pour un État prêteur net, le taux que son épargne rapporte vraiment ; danc la plus basse dette atteinte depuis le départ ; Δ₀ l'écart, au premier jour, entre le solde du pays et celui qui stabilise sa dette. Un pays exclu des marchés (E16) ne dépense pas plus que ses recettes structurelles, quelle que soit la règle.
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
| terme stabilisant | — | Blanchard 1990 : le solde primaire qui stabilise le ratio de dette vaut (i − g) / (1 + g) × d | |
fiscal_debt_response ρ | 0,054 point de solde par point de dette | Bohn 1998, tableau I, États-Unis 1916-1995 (0,028 à 0,054 selon la période) ; Ghosh et al. 2013 : 0,02 à 0,06 pour les dettes modérées, 23 pays avancés | |
fiscal_half_life_days | 365 jours | Bohn estime sur des années : le solde répond à la dette dans l'année | |
fiscal_consolidation_years | 10 ans (demi-vie) | l'horizon d'un plan budgétaire à moyen terme ; le cadre européen de 2024 étale l'ajustement sur quatre ans, prolongeables de trois (règlement (UE) 2024/1263). Cinq ans faisaient resserrer tous les pays sans joueur ensemble, et creusaient un creux mondial synchronisé vers 2030 ; dix ans l'étalent, ce que le studio a retenu | |
spending_floor G_min | 5 % du PIB | la plus basse part observée en 2024 parmi les pays de plus d'un million d'habitants (Haïti, 5,2 %, FMI) : une dette qui demanderait davantage n'est plus servie, c'est le défaut |
Pourquoi. Bohn montre que les gouvernements relèvent leur solde primaire quand leur dette monte, et que c'est ce qui la rend soutenable ; son coefficient seul ne stabilise pas le ratio quand l'écart entre le taux et la croissance le dépasse. La règle ajoute donc le terme de Blanchard, qui compense exactement l'écart entre taux et croissance : la dette des pays sans joueur ne dérive plus, quel que soit cet écart, et son retour vers l'ancre se fait au rythme ρ. Le premier jour, beaucoup de pays ne sont pas à l'équilibre (la France a un déficit primaire de 4 % quand 1 % stabiliserait sa dette) : ils referment cet écart sur quelques années, pas en un jour. Un ajustement de quatre points en un an ferait une récession que rien dans les données ne justifie.
L'ancre. C'est la plus basse dette atteinte : une dette que l'inflation ou la croissance a érodée n'est pas réempruntée pour revenir au niveau de départ. Sans cela, le Soudan, dont l'inflation de 139 % ronge la dette de 263 % à 86 % en deux ans, empruntait ensuite pour la faire remonter, aux taux d'une désinflation.
Un État prêteur dépense ce que son épargne lui rapporte vraiment, comme la règle budgétaire norvégienne dépense le rendement attendu de son fonds (choix, argumenté ainsi) : planifier sur le taux de long terme quand l'épargne rapporte davantage (une inflation élevée qui dure) faisait croître ses avoirs sans limite (Haïti à −900 % du PIB en cent ans).
Ce que ça simplifie. Les gouvernements n'ajustent que la dépense, jamais l'impôt (les consolidations réelles mêlent les deux). La réponse ne faiblit pas avec la dette, alors que Ghosh et al. (2013) trouvent une « fatigue budgétaire » dès 90-100 % du PIB, qui devient négative vers 150 % ; et beaucoup de pays en développement ont un budget procyclique (Kaminsky, Reinhart et Végh 2004 ; Frankel, Végh et Vuletin 2012). La fatigue budgétaire n'est pas dans la règle : le défaut (E16) l'a précédée, avec sa limite de dette tirée des mêmes auteurs.
E26. Le budget par postes
En clair
Le joueur ne fixe pas « les recettes » et « les dépenses » d'un bloc. Les dépenses primaires sont la somme de huit postes, des retraites à l'administration, et le joueur fixe chacun par sa part du budget. Les recettes sont la somme de sept postes, comme l'impôt sur le revenu ou la TVA, auxquels s'ajoutent des recettes que personne ne fixe, comme la rente du pétrole, l'aide extérieure, les revenus propres de l'État et quelques impôts mineurs. Chaque poste de recettes est la somme de ce que rapportent ses impôts, dont le joueur fixe le taux (E35). Comme le reste du modèle ne lit que les deux totaux, un point de PIB de retraites pèse sur l'économie autant qu'un point d'éducation, et un point de TVA autant qu'un point d'impôt sur les sociétés. Le studio sait que c'est une simplification, puisque les études mesurent des effets différents d'un poste à l'autre. Les intérêts de la dette ne forment pas un poste, car le modèle les calcule.
Au départ, chaque pays a la composition que donnent les données, mise à l'échelle de ses totaux de départ. Si le joueur baisse la TVA d'un point de PIB et relève les retraites d'un demi-point, les recettes perdent un point, les dépenses en gagnent un demi, et le solde primaire recule d'un point et demi. Les gouvernements sans joueur ne touchent pas à leurs impôts, et quand leur règle change leurs dépenses, chaque poste suit le total en proportion.
Le joueur lit et fixe un poste de dépenses par sa part des dépenses primaires. Quand il demande une part, les autres postes gardent leur montant, et le poste reçoit ce qu'il faut pour peser cette part du nouveau total. Les retraites font par exemple 25 % d'un budget de 50 points, soit 12,5 points. Si le joueur les demande à 30 %, les sept autres postes gardent leurs 37,5 points, les retraites passent à 0,30 × 37,5 / (1 − 0,30) = 16,07 points, et le budget à 53,57 points. La part demandée attend le vote et le 1er du mois, puis se change en montant le jour où elle s'applique.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(G\) | les dépenses primaires, somme des huit postes de dépenses | +0,5 |
| \(G_j\) | un poste de dépenses, comme les retraites ou la santé | retraites +0,5 |
| \(R\) | les recettes | −1 |
| \(R_k\) | un impôt, comme la TVA ou l'impôt sur le revenu | TVA −1 |
| \(A\) | les autres recettes, que personne ne fixe, tenues à leur part de départ | |
| \(\sigma'_j\) | la part du budget demandée pour le poste \(j\) | 30 % |
| \(G'_j\), \(G'\) | le poste et les dépenses primaires une fois la part appliquée | 16,07 ; 53,57 |
Voir la formule complète et ses sourcesLes quinze postes et leurs impôts, le départ, la part du budget, ce que font les gouvernements sans joueur, et ce que l'équation laisse de côté.
Le joueur ne fixe pas « les recettes » et « les dépenses » d'un bloc : il fixe huit postes de dépenses et le taux de quinze impôts (E35, E38), et les deux totaux que le reste du modèle lit (E8 à E11, E16) sont les sommes de quinze postes.
| Côté | Postes (name) |
|---|---|
| dépenses Gj | retraites (pensions), autres prestations sociales (other_social), santé (health), éducation (education), défense (defence), sécurité et justice (security), économie et infrastructures (economy), administration et autres (administration) |
| recettes Rk | impôt sur le revenu (income_tax), cotisations sociales (social_contributions), TVA et taxes générales sur les ventes (vat), accises (excises), impôt sur les sociétés (corporate_tax), impôts sur le patrimoine (property_tax), droits de douane (customs) ; chacun, la somme de ce que rapportent ses impôts Rt (E35) |
| hors leviers A | les autres recettes : rente des ressources naturelles, aide extérieure, revenus propres de l'État, et les impôts mineurs qu'aucun levier ne tient (taxes à l'exportation, sur des services, sur l'usage de biens, autres) ; tenues à leur part de départ |
Les intérêts de la dette ne sont pas un poste : le modèle les calcule (E10). Le poste des retraites, une fois fixé, suit chaque 1er janvier le nombre de retraités et la règle de revalorisation des pensions (E59) : ce que le joueur en règle, c'est la pension de chacun.
Le départ. Les postes prennent la composition que donnent les données, remise à l'échelle des totaux de départ du modèle : le point de départ ne bouge pas. Côté dépenses, chaque poste vaut sa part des postes mesurés, fois la dépense primaire. Côté recettes, chacun des impôts garde son montant mesuré — la TVA, que les données donnent d'un bloc, partagée entre ses quatre taux (E38) —, un poste la somme des siens, et l'écart avec les recettes totales forme les autres recettes A ; si les impôts mesurés dépassent les recettes totales (sources de périmètres différents), ils sont réduits en proportion et A vaut zéro.
Les gouvernements sans joueur ajustent leur dépense totale par leur règle (E9) et, pendant un défaut, la plafonnent à leurs recettes (E16) : leurs postes suivent ce total en proportion. Ils ne touchent pas à leurs impôts.
Le joueur fixe chaque poste de dépenses entre 0 et 40 points de PIB, et chaque impôt par son taux (E35) ; une décision est refusée si elle porte le total de son côté au-delà de 80 points, l'ancienne borne des deux totaux. Aucun joueur ne fixe un poste de recettes : il vient de ses impôts. Une décision prend effet le 1er du mois suivant, ou après le vote du parlement (E25) : un poste de dépense suit les règles de vote de la dépense, un impôt celles des recettes.
La part du budget. Le joueur lit et fixe un poste de dépenses par sa part de la dépense primaire, σj = Gj / G. Demander la part σ′j laisse leur montant aux autres postes et donne au poste ce qu'il faut pour peser σ′j du nouveau total ; plusieurs parts demandées ensemble (l'ensemble S) prennent chacune leur part du total que les autres postes GO complètent :
La somme des parts demandées reste sous 100 %. L'ordre retient la part : elle attend le vote et le 1er du mois telle qu'elle a été demandée, et se change en montant le jour où elle s'applique, sur le budget de ce jour, avec toutes les parts qui s'appliquent ce jour-là : la part demandée est la part obtenue, même quand le joueur a donné deux ordres le même mois. Au vote (E25), une part se pèse comme le montant qu'elle prendrait le jour du vote. Les retraites à 25 % d'un budget de 50 points, demandées à 30 %, passent de 12,5 à 16,07 points, le budget à 53,57, et chaque autre poste garde ses points. Les gouvernements sans joueur, qui déplacent leurs postes en proportion, ne changent pas leurs parts.
Ce que l'écran montre. Pour un poste ou un impôt modifié, ce que le changement fait au solde du budget en un an, en dollars : l'écart en points de PIB, fois la production nominale du moment, positif quand l'argent rentre. C'est une conversion, pas une prévision : elle ne compte pas ce que le changement fera à la production.
Ce que ça simplifie. Tous les postes d'un côté ont le même effet sur l'économie : un point de PIB de retraites pèse comme un point d'investissement, et un point de TVA comme un point d'impôt sur les sociétés ; ce sont les multiplicateurs de la dépense et de l'impôt d'E8 et E9. Les études mesurent des effets différents selon le poste ; les en distinguer serait une équation nouvelle, qui reste à décider. Les autres recettes sont figées en part du PIB, sans lien avec les prix du pétrole ou l'aide.