Mouvements sociaux
Quand un groupe que son gouvernement a appauvri descend dans la rue, comment sa colère monte, et ce que le gouvernement peut y répondre. Cette page couvre l'équation E33.
En clair
Chaque mois, chaque groupe de la population mesure ce que son revenu a perdu depuis l'arrivée du gouvernement (E27). Une perte due à une décision de l'État compte en entier, alors qu'une perte due à la conjoncture compte quatre fois moins. Au-delà de 2 % de perte, chaque point de plus appelle 10 points de colère, sur une échelle de 0 à 100, et le groupe descend dans la rue dès que la colère appelée atteint 5 points. Sa colère monte alors vers ce niveau et fait la moitié du chemin en 20 jours. Le groupe s'habitue pourtant à une perte qui dure, dont il ne ressent plus que la moitié au bout de six mois, si bien qu'un mouvement auquel personne ne répond finit par retomber de lui-même. Au-delà de 60 points, les manifestations tournent à l'émeute, dont la première coûte 0,2 % de la production de l'année. Le mouvement s'éteint quand la colère et ce qui l'appelle sont tous deux sous 5 points. Chaque groupe réclame un poste du budget, et le gouvernement peut céder, recevoir le mouvement, employer la fermeté ou laisser faire.
Dans la partie
Une mesure du joueur ne s'applique pas le jour où il la prend, puisqu'elle attend le 1er du mois suivant ou le vote du parlement. Entre les deux, elle est annoncée, et les groupes la jugent chaque jour comme si elle s'appliquait déjà, si bien que les gens descendent dans la rue le jour même où une coupe est annoncée. Le joueur répond à chaque mouvement de son pays quand il veut, groupe par groupe. Les nouvelles disent chaque tournant d'un mouvement chez le joueur, alors qu'à l'étranger elles n'en disent que le départ, la première émeute, la fermeté qui y répond et la fin. Les gouvernements sans joueur emploient la fermeté à chaque émeute et ne cèdent jamais. Un réglage de la partie éteint les mouvements sociaux.
Les bases
Les études historiques trouvent que les troubles sociaux augmentent avec l'ampleur des coupes budgétaires, et l'une d'elles le montre pays par pays, sur l'Europe de 1919 à 2008. Le jeu reprend cette idée. Un groupe y proteste quand son gouvernement lui a fait perdre une part de son revenu, et sa colère croît avec cette perte.
Les gens ne jugent pas de la même façon une perte décidée par l'État et une perte due à la conjoncture. Une étude sur le registre fiscal suédois trouve qu'un changement de revenu dû à une décision de l'État pèse quatre fois plus sur le vote qu'un changement dû au marché, et le jeu applique le même rapport à la colère.
Chaque groupe a sa revendication, un poste du budget qu'il veut voir relevé ou baissé. Si le gouvernement a déplacé ce poste contre lui, ou annoncé qu'il allait le faire, le groupe réclame le retour au niveau d'avant. Sinon, il demande un demi-point de PIB de plus dans son sens.
| Groupe | Ce qu'il réclame |
|---|---|
| les retraités | des retraites plus hautes |
| les ménages modestes, les chômeurs | des autres prestations sociales plus hautes |
| les classes moyennes | moins d'impôt sur le revenu |
| les ménages aisés | moins d'impôts sur le patrimoine |
| les jeunes | plus d'éducation |
| les ruraux | moins d'accises, celles du carburant surtout |
E33. Les mouvements sociaux
En clair
La perte d'un groupe vaut ce que l'État a retiré à son revenu, plus le quart de ce que le marché lui a retiré. Les deux premiers points de perte sont supportés, mais chaque point au-delà appelle 10 points de colère, jusqu'à 100. Chaque jour, la colère comble 3,4 % de l'écart qui la sépare de ce niveau, ce qui lui fait faire la moitié du chemin en 20 jours. Le groupe s'habitue en même temps à la perte avec laquelle il vit. Chaque jour, ce à quoi il s'est habitué comble une petite part de l'écart à la perte en vigueur, la moitié en six mois, et seule la perte qu'il ressent encore appelle de la colère. Une mesure seulement annoncée ne s'oublie pas ainsi, puisque personne ne la subit encore, et un gain n'est pas une perte à laquelle s'habituer. Seule la première émeute d'un mouvement coûte de la production. Le studio ne fait pas payer les suivantes, parce que les études mesurent ce que coûte un épisode de troubles, et non chaque soir d'affrontements.
Les réponses du gouvernement retirent de la colère d'un coup, la moitié quand il cède, 15 points quand il reçoit le mouvement et 40 points quand il emploie la fermeté. Céder retire aussi la mesure qui appelait la colère, si bien qu'elle retombe ensuite toute seule, alors qu'après la fermeté la perte reste et la colère remonte, tant que le groupe ne s'y est pas assez habitué. Laisser faire ne change rien sur le moment, mais le mouvement retombe à mesure que le groupe s'habitue à sa perte.
Le gouvernement français coupe les retraites de deux points de PIB. L'État retire ainsi 18,5 % de leur revenu aux retraités, tandis que la conjoncture leur rend 0,9 %, de sorte que leur perte vaut 18,5 − 0,9 / 4 = 18,3 %. Elle appelle 10 × (18,3 − 2) = 163 points de colère, ramenés à 100. Partie de zéro, la colère des retraités passe 60 points au bout de 27 jours, et leurs manifestations tournent alors à l'émeute. Si personne ne leur répond, ils s'habituent peu à peu à leur perte, et au bout de six mois ils n'en ressentent plus que la moitié, 9,1 %, qui appelle encore 71 points de colère.
Dans la formule :
| Symbole | Ce que c'est | Dans l'exemple |
|---|---|---|
| \(L_g\) | la perte du groupe \(g\), en % de son revenu | 18,3 |
| \(p_g\), \(m_g\) | ce que l'État, et ce que le marché, ont changé à son revenu depuis l'arrivée du gouvernement | −18,5 ; +0,9 |
| \(b_M / b_P\) | le poids d'une perte due au marché, comparé à une perte due à l'État (E28) | 0,05 / 0,2 = 0,25 |
| \(\bar L\) | la perte à partir de laquelle un groupe proteste | 2 % |
| \(\kappa\) | les points de colère par point de perte au-delà | 10 |
| \(A^{*}_g\), \(A_t\) | la colère que la perte appelle, et la colère du jour | 100 |
| \(s_A\), \(h_A\) | la part de l'écart comblée chaque jour, et sa demi-vie | 3,4 % ; 20 jours |
| \(H_g\), \(\tilde L_g\) | ce à quoi le groupe s'est habitué de sa perte, et la perte qu'il ressent encore | 9,1 et 9,1 au bout de six mois |
| \(s_H\), \(h_H\) | la part de l'écart que l'accoutumance comble chaque jour, et sa demi-vie | 0,38 % ; 180 jours |
Voir la formule complète et ses sourcesLe grief, la colère, le départ, la revendication, le coût de l'émeute, chaque paramètre avec sa source.
Le grief. Le premier de chaque mois, les groupes lisent leurs revenus (E27). La variation du revenu d'une personne du groupe g depuis l'arrivée du gouvernement se partage en deux : ce que les décisions de l'État y ont changé, pg — son revenu d'aujourd'hui contre celui qu'il aurait avec les postes du budget que le gouvernement a trouvés — et ce que le marché y a changé, mg — la production et le chômage, les postes d'alors. La perte que le groupe ressent, en %, les pèse comme il les pèse dans son vote (E28) :
avec bP = own_income_policy et bM = own_income_market : une perte due à une décision de l'État compte quatre fois plus qu'une perte due à la conjoncture.
L'accoutumance. Un groupe s'habitue à la perte avec laquelle il vit. Chaque jour, ce à quoi il s'est habitué, Hg, comble une part de son écart à la perte en vigueur — celle lue le premier du mois, pas une mesure seulement annoncée, que personne ne subit encore — et ce qu'il ressent encore est le reste :
avec la demi-vie hH = unrest_habituation_half_life_days. Une perte qui demeure se ressent de moitié moins tous les hH jours. Un gain n'est pas une perte à laquelle s'habituer : H ne descend pas sous zéro, et perdre plus tard ce gain se ressent en entier. La perte rendue, H retombe au même rythme. Un nouveau gouvernement repart de H = 0, comme il repart d'une perte nulle (E28).
La colère. La colère que la perte ressentie appelle, de 0 à 100 :
où L̄ = unrest_grievance est la perte à partir de laquelle un groupe proteste, et κ = unrest_anger_per_point les points de colère par point de perte au-delà.
Le départ. Le même jour, chaque groupe qui n'est pas déjà dans la rue, et dont le dernier mouvement a fini depuis unrest_cooldown_days jours au moins, descend dans la rue si la colère que sa perte appelle atteint au moins le seuil de fin (unrest_end_anger) : un mouvement qui finirait le jour même n'en est pas un. Sa colère part de zéro. Plusieurs groupes peuvent être dans la rue à la fois, chacun dans son mouvement, avec sa colère, sa revendication et les réponses qu'il a reçues ; un groupe n'en mène qu'un à la fois. Les groupes partis le même jour se rangent dans leur ordre des données. La colère appelée d'un mouvement en cours se relit chaque mois, et chaque jour dans le pays du joueur (voir les mesures annoncées).
Chaque jour, la colère A comble une part de son écart à ce que la perte appelle :
avec la demi-vie hA = unrest_anger_half_life_days. Au-delà de unrest_riot_anger, les manifestations tournent à l'émeute ; revenue en deçà, l'émeute se calme en manifestations. Quand la colère et ce que la perte appelle sont l'un et l'autre sous unrest_end_anger, le mouvement s'éteint. Un mouvement auquel personne ne répond retombe donc de lui-même : l'émeute se calme, puis le mouvement s'éteint, à mesure que le groupe s'habitue à sa perte — la mesure qui l'a lancé toujours en vigueur.
La revendication. Chaque groupe demande un poste du budget, relevé ou baissé : les retraités leurs retraites, les ménages modestes et les chômeurs les autres prestations, les classes moyennes moins d'impôt sur le revenu, les ménages aisés moins d'impôts sur le patrimoine, les jeunes l'éducation, les ruraux moins d'accises (le carburant). Il demande le poste où le gouvernement l'a trouvé, si le gouvernement l'a déplacé, ou annoncé, contre lui ; sinon, unrest_demand_step points de PIB de plus dans son sens, à partir de la valeur annoncée s'il y en a une. La revendication est fixée au départ du mouvement, dans les bornes du levier.
L'émeute coûte de la production, la première fois qu'un mouvement y tourne : elle agit le jour même comme un événement du monde qui changerait la production de la première année de unrest_riot_output (E18) — un saut de l'écart de production qui s'efface à sa propre vitesse. Les rechutes d'un même mouvement ne coûtent plus rien : c'est l'épisode, pas chaque soir d'affrontements, que mesurent les études. Deux groupes qui tournent à l'émeute coûtent chacun leur part.
| Variable | Sens | Unité | Bornes |
|---|---|---|---|
| pg, mg | ce que l'État, et ce que le marché, ont changé au revenu d'une personne du groupe depuis l'arrivée du gouvernement | % | non contrôlées |
| Lg | la perte que le groupe lit | % | non contrôlée |
habituated Hg | ce à quoi chaque groupe de chaque pays s'est habitué de sa perte | % | 0 et plus |
| L̃g | la perte qu'il ressent encore | % | non contrôlée |
movements | les mouvements en cours de chaque pays, dans l'ordre de leur départ : le groupe, son départ, s'il est en émeute, sa colère et celle que sa perte appelle, sa revendication, les réponses déjà données | — | au plus un par groupe |
| A, A* | la colère du mouvement, celle que sa perte appelle | points | 0 à 100 |
calm_until | pour chaque groupe de chaque pays, le premier jour où il peut redescendre dans la rue | jour | — |
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
unrest_grievance L̄ | 2 % du revenu | Ponticelli et Voth (2020) trouvent, sur l'Europe de 1919 à 2008, que les troubles croissent avec l'ampleur des coupes budgétaires ; le seuil est un choix | |
unrest_anger_per_point κ | 10 points de colère par point de perte | une perte de 5 % au-delà du seuil appelle 50 points de colère sur 100 | |
unrest_anger_half_life_days hA | 20 jours | un mouvement se durcit en quelques semaines | |
unrest_habituation_half_life_days hH | 180 jours | Ponticelli et Voth (2020, résumé) relient les troubles aux coupes budgétaires — à un changement, non au niveau où il laisse le budget —, sans mesurer la durée d'un mouvement ; la demi-vie est un choix du studio, entre six mois et un an (les deux sont mesurés plus bas) | |
unrest_riot_anger | 60 points de colère | le seuil de l'émeute | |
unrest_end_anger | 5 points de colère | le seuil de fin, et le moins qu'il faut pour commencer | |
unrest_riot_output | −0,2 % de production la première année | Hadzi-Vaskov, Pienknagura et Ricci (2021) mesurent ce que les grands épisodes de troubles sociaux coûtent au PIB ; la valeur retenue est un choix, à confronter à leurs estimations | |
unrest_cooldown_days | 180 jours | un groupe ne redescend pas dans la rue dans les six mois qui suivent la fin de son mouvement ; les autres groupes le peuvent ; un choix de jeu | |
unrest_demand_step | 0,5 point de PIB | ce qu'un groupe demande de plus quand on n'a pas touché à son poste |
Les mesures annoncées et les réponses du gouvernement
Une mesure annoncée appelle déjà la colère avant d'être appliquée, et elle cesse de l'appeler le jour même où elle est retirée ou rejetée par le parlement. Le mouvement retombe alors, puis s'éteint.
Céder retire d'abord la mesure annoncée contre le groupe. Si le poste a déjà bougé, céder ordonne ensuite ce que le groupe réclame, comme un ordre du joueur. Cet ordre passe par le vote habituel (E25), et si le parlement le refuse, la perte revient, et la colère avec elle. Le joueur ne cède qu'une fois par mouvement et ne le reçoit qu'une fois, alors que la fermeté peut servir plusieurs fois, au prix de 2 points de popularité pour le gouvernement à chaque usage, dans le pays et dans le groupe. Quand une même mesure appauvrissait deux groupes, céder à l'un peut aussi calmer l'autre.
Sans joueur, sur dix parties de vingt ans, les pays avancés connaissent 16 mouvements par pays et par siècle, les pays émergents 7,5, et les pays à bas revenu presque aucun. Un mouvement dure 108 jours en médiane dans les pays avancés et 75 dans les pays émergents, et 5 % d'entre eux tournent à l'émeute. Quelques pays font la moyenne, puisque la moitié des pays avancés en connaissent moins de 8 par siècle, et que la tête du classement revient pour moitié à de petits territoires dont les groupes de population sont estimés d'après un voisin, faute de source, comme Nauru ou Tuvalu. La France en connaît 9 en deux cents ans de parties. Le plus souvent, un mouvement part de ce que l'État a pris au revenu d'un groupe, et les chômeurs et les retraités font à eux seuls quatre départs sur cinq.
Voir les règles complètesLes mesures annoncées, chaque réponse en détail, ce que donnent une coupe jouée à la main et le monde sans joueur, et ce que le mécanisme laisse de côté.
Les mesures annoncées
Une mesure du joueur ne s'applique pas le jour où il la prend : décidée, elle attend le premier du mois suivant ; votée, elle attend le vote de l'assemblée (E25). Entre les deux, elle est annoncée. Tant que son gouvernement a annoncé une mesure qui déplace un poste du budget — le montant ou la part d'une dépense (E26), le taux d'un impôt (E35), le partage d'un poste (E29) — et qui n'est pas encore en vigueur, les groupes du pays du joueur lisent chaque jour leur perte Lg comme si les postes annoncés s'appliquaient déjà, calculés comme le premier du mois les calculera, le reste de l'économie tel qu'il est ce jour-là ; le départ d'un mouvement se juge chaque jour sur cette lecture. Les gens descendent donc dans la rue contre une mesure le jour où elle est annoncée, sans attendre qu'elle s'applique, ni qu'elle soit votée.
Une mesure retirée, ou rejetée par l'assemblée, cesse d'appeler la colère le jour même : la perte redevient celle du premier du mois, et le mouvement qu'elle avait lancé retombe puis s'éteint. Adoptée, elle attend le premier du mois suivant, toujours annoncée, puis s'applique : la lecture du mois la trouve en vigueur. Plusieurs mesures annoncées sur un même poste : la dernière compte.
Les gouvernements sans joueur n'annoncent rien : leur règle budgétaire décide le jour même, et leurs groupes lisent leurs revenus le premier du mois.
Les réponses du gouvernement
Le joueur répond à chaque mouvement de son pays quand il veut, entre deux jours, en nommant le groupe : une réponse ne touche que le mouvement de ce groupe. Chaque réponse est une action de son journal, rejouée au chargement d'une sauvegarde. Céder à un groupe peut combler la perte d'un autre : retirer une coupe des retraites calme aussi les ménages modestes qu'elle appauvrissait.
- Céder retire d'abord ce que le gouvernement avait annoncé sur le poste revendiqué et qui n'est pas encore en vigueur — toute mesure qui le déplace : son montant, sa part, le taux d'un impôt qui le lève, son partage ; la décision qui attendait le premier du mois, la mesure du projet de loi — un projet qui n'en garde aucune est retiré, une réforme garde ses autres mesures. Si le poste en vigueur n'est pas déjà ce que le mouvement demande, céder ordonne ensuite la revendication comme un ordre du joueur : une dépense par son montant ; une recette, que le joueur ne fixe que par ses impôts (E35), par le taux de son impôt principal — le premier des impôts qui la lèvent : l'impôt sur le revenu, la TVA, les accises, l'impôt foncier… — qui ramène le poste au montant demandé, les autres impôts inchangés, trouvé en coupant 64 fois en deux l'intervalle entre le taux en vigueur et la borne du côté demandé. Décidée, elle s'applique le premier du mois suivant ; votée, elle attend le vote de l'assemblée (E25), qui peut la rejeter — la perte revient alors, et la colère avec elle. La colère perd aussitôt la part
unrest_concession_calm. La mesure retirée, ou la revendication annoncée, la perte que le groupe lit se comble, la colère qu'elle appelle retombe, et le mouvement s'éteint. Une fois par mouvement ; refusé quand le poste est déjà ce que le mouvement demande et que rien n'est annoncé contre lui. - Recevoir (négocier) retire
unrest_talks_calmpoints de colère. Une fois par mouvement. - La fermeté retire
unrest_force_calmpoints de colère et coûteunrest_force_popularitypoints de popularité, dans le pays et dans le groupe, qui reviennent ensuite vers leur cible au rythme de la popularité (E12). La perte restant, la colère remonte vers ce qu'elle appelle encore : l'émeute revient, tant que le groupe ne s'est pas assez habitué. - Laisser faire ne change rien : le mouvement retombe à mesure que le groupe s'habitue.
Les gouvernements sans joueur emploient la fermeté chaque fois qu'une émeute éclate. Leur mouvement dure tant que le groupe ressent sa perte : jusqu'à ce qu'il s'y habitue, que la conjoncture la comble, que leur règle budgétaire rende ce qu'elle avait pris, ou qu'un nouveau gouvernement arrive — ses groupes le jugent alors depuis l'économie qu'il trouve (E28), et la perte repart de zéro.
Les nouvelles disent chaque tournant d'un mouvement du pays du joueur ; ailleurs, son départ, sa première émeute, la fermeté qui y répond et sa fin.
| Paramètre | Valeur | Statut | Source |
|---|---|---|---|
unrest_concession_calm | la moitié de la colère | céder calme aussitôt une part ; le reste retombe avec la perte, la mesure retirée ou la revendication annoncée | |
unrest_talks_calm | 15 points de colère | recevoir le mouvement calme un peu, une fois | |
unrest_force_calm | 40 points de colère | la fermeté calme beaucoup, pour un temps | |
unrest_force_popularity | 2 points de popularité | ce qu'elle coûte au gouvernement |
Ce que ça donne
Mesuré :
- Une coupe jouée à la main. La France, son gouvernement décidant seul de son budget, coupe ses retraites de deux points de PIB le premier jour (sans les partis : l'Assemblée rejette la coupe, par 60 % des sièges) ; la coupe s'applique le 1er février. Ce jour-là, l'État a pris 15,4 % de leur revenu aux retraités, 6,1 % aux ménages modestes, 2,8 % aux classes moyennes et aux ruraux, 1,1 % aux ménages aisés, rien aux jeunes ni aux chômeurs ; le marché leur a pris 0,7 %, 0,6 % aux chômeurs. Les retraités et les ménages modestes descendent dans la rue le jour de l'annonce, le 1er janvier (jour 0), chacun dans son mouvement ; le 2 février, la colère des retraités est à 67 sur 100, celle des ménages modestes à 28, celle des classes moyennes et des ruraux, qui perdent à peine plus que le seuil, à 6 ; les autres groupes restent chez eux. Les manifestations des retraités tournent à l'émeute le 27 janvier (jour 26). Sur l'année qui suit la coupe, la production perd 0,20 % contre le même jeu sans les mouvements, et c'est l'émeute elle-même qui les coûte : le même jeu où une émeute ne coûte rien (
unrest_riot_outputà zéro) rend tout l'écart. Un pays dans la rue ne reçoit pourtant pas les mêmes événements (E55) : ici des maires qui demandent un couvre-feu et des heurts en marge d'un cortège, en plus du pont qui menace de s'effondrer dans les deux jeux ; la mesure n'y répond pas, et ils ne pèsent rien sur la production de cette année-là. Cédé à la première émeute (jour 27), avant que la coupe s'applique : elle est retirée, et le mouvement s'éteint 53 jours plus tard. Cédé une fois la coupe en vigueur (jour 32) : les retraites sont rendues le 1er mars, et le mouvement s'éteint 55 jours plus tard. - La même coupe, jamais répondue, sans élection, pour que le même gouvernement reste. La colère des retraités est à 96 après trois mois, 76 après six, 27 après un an ; l'émeute se calme le jour 235, et le mouvement s'éteint le jour 527, la coupe toujours en vigueur. Avec une demi-vie d'un an au lieu de six mois : 96, 99, 66, puis 24 après deux ans ; l'émeute se calme le jour 410, le mouvement s'éteint le jour 905. Sans accoutumance, la colère monte à 100 et y reste, et l'émeute ne finit pas.
- La même coupe, déposée à l'Assemblée, avec les partis : les retraités descendent dans la rue le jour du dépôt (jour 0), l'Assemblée rejette la coupe le 31 janvier (jour 30), et le mouvement, que plus rien n'appelle, s'éteint le 14 avril (jour 103).
- Le monde sans joueur, dix parties de vingt ans : 16,0 mouvements par pays et par siècle dans les pays avancés, 7,6 dans les émergents, 0,3 dans les pays à bas revenu ; 5 %, 6 % et aucun tournent à l'émeute ; 18 %, 30 % et aucun partent quand un autre groupe du pays est déjà dans la rue ; un mouvement dure 108, 77 et 193 jours en médiane ; jusqu'à sept à la fois dans un même pays. Ce que l'État a pris (pg) aurait suffi seul, avant toute accoutumance, à passer la perte qui met un groupe dans la rue (2,5 %) dans 61 % des départs des pays avancés et 73 % de ceux des émergents ; ce que le marché a pris, pesé comme le groupe le pèse, dans 40 % et 27 %. Les pays qui en connaissent le plus : le Venezuela, Nauru, Tuvalu, Macao, le Timor oriental, Brunei, la Libye, les îles Mariannes du Nord, Saint-Martin, Saint-Christophe-et-Niévès. Cinq de ces dix — Nauru, Tuvalu, les Mariannes du Nord, Saint-Martin, Saint-Christophe-et-Niévès — sont de petits territoires dont les groupes sont estimés d'après un voisin ; Saint-Martin, que ses routes vident (E85), y est entré avec elles. La France en connaît 9 en deux cents ans de parties, les États-Unis 19, l'Allemagne 9, la Grèce 43, l'Argentine 48.
- D'où ils viennent, dans les mêmes dix parties.
- Quelques pays font la moyenne. Les pays avancés en connaissent 16,0 par pays et par siècle en moyenne, mais 8,0 en médiane : neuf sur dix en ont moins de 51,0, le plus touché 106,0, sept n'en ont aucun, et les dix qui en ont le plus font 42 % du total. Dans les émergents, la médiane est de 0,5 pour une moyenne de 7,6 : 45 pays sur 110 n'en ont aucun, et dix en font 72 %. Trois des dix pays de tête — le Venezuela, Macao, le Timor oriental — sont de ceux que le modèle tient lui-même hors de son domaine (une hyperinflation, un fonds souverain qu'il ne connaît pas).
- Ce qui bougeait le jour du départ. Dans 4 % des départs des pays avancés et 34 % de ceux des émergents, le pays était coupé des marchés après un défaut, ce qui ferme d'un coup son déficit primaire (E16). Sinon, ce que l'État avait pris suffisait seul dans 58 % et 46 % des départs ; la dépense primaire n'avait pourtant baissé de plus de 2 % en un an que dans 16 % et 22 % des départs. Pour le reste, ou bien la baisse a été plus lente, ou bien elle ne passe pas par le total de la dépense : la mesure ne les sépare pas. Sinon encore, ce que le marché avait pris suffisait seul dans 28 % et 12 %. Deux groupes font quatre départs sur cinq, tous pays confondus : les chômeurs (42 %) et les retraités (40 %).
- Les mêmes parties, un réglage changé, sans autre équation. Les budgets sans joueur immobiles (
fiscal_half_life_daysinfini) : 12,4 par pays avancé et par siècle au lieu de 16,0. Ce que l'État avait pris ne suffit plus seul que dans 15 % des départs au lieu de 54 %, mais un pays qui ne règle plus son budget fait défaut : il est coupé des marchés dans 56 % des départs au lieu de 14 %. Les gouvernements sans joueur à leurs seules règles (sans E24) : 14,7 en moyenne, et la médiane passe de 8,0 à 5,5. Le grief relevé d'un point (une perte de 3,5 % au lieu de 2,5 %) : 7,1 en moyenne, 1,5 en médiane ; de deux points et demi (5 %) : 2,8, et une médiane nulle. Le témoin — budgets immobiles, règles seules, aucun défaut —, où plus rien n'est décidé par un gouvernement sans joueur : il y reste 1 300 mouvements, 5,3 par pays avancé et par siècle, dont aucun où ce que l'État avait pris suffisait seul ; ce que le marché avait pris y suffit seul dans 1 298 d'entre eux. Rien d'autre, dans le modèle, ne s'y fait donc lire comme une décision de l'État. - Presque aucun dans les pays à bas revenu : 14 en tout, dont plus des trois quarts (79 %) partent quand le pays est coupé des marchés après un défaut, 21 % pour ce que l'État a pris, aucun pour ce que le marché a pris.
Ce que ça simplifie
Tout est un choix, sauf le poids du marché, repris d'E28 : aucune étude ne donne en points de colère la perte de revenu qui mène à la rue, ni le coût d'une émeute pour un pays donné. Un mouvement suit un seul groupe : plusieurs groupes dans la rue font plusieurs mouvements, sans front commun ni revendication partagée, et un groupe qui perd à peine plus que le seuil mène un mouvement aussi bien qu'un groupe ruiné — il ne faut pas plus de colère pour partir que pour durer. L'accoutumance est la même pour tous : un retraité s'habitue à une pension réduite au rythme où un ménage aisé s'habitue à un impôt, et à une perte de 15 % comme à une perte de 3 % ; sa demi-vie est un choix, que rien ne mesure. Elle ne vaut que pour la rue : l'avis du groupe (E28) ne s'habitue pas, et un groupe rentré chez lui juge toujours son gouvernement sur ce qu'il lui a pris depuis son arrivée. Elle court sur la perte en vigueur, pas sur une mesure annoncée, et sur la perte lue le premier du mois. La colère ne se nourrit que de la perte de revenu : ni l'inflation en propre, ni le chômage des jeunes, ni l'impopularité, ni la contagion d'un pays à l'autre, ni les réseaux, ni la répression passée ne la font naître. La perte se mesure depuis l'arrivée du gouvernement : un nouveau gouvernement efface les griefs contre l'ancien. Rien ne dépend du régime : une démocratie et une dictature voient leurs groupes descendre dans la rue aux mêmes seuils, et la fermeté y coûte la même popularité. L'émeute ne coûte que de la production : ni morts, ni dégâts, ni prime de risque sur la dette. Céder passe par le vote habituel : un parlement peut refuser ce que la rue obtiendrait. Les gouvernements sans joueur ne cèdent jamais ni ne négocient. La revendication est un seul poste, fixé au départ du mouvement, en points de PIB : un groupe réclame ce qu'une recette lui prend, pas un taux, et céder sur une recette ne touche que son impôt principal, jamais les autres impôts qui la lèvent. Une mesure annoncée se juge comme si elle s'appliquait déjà, entière : ni la chance qu'elle soit rejetée, ni le temps qu'elle mettra à venir ne tempèrent la colère.
Sources
- Ponticelli, J. et Voth, H.-J. (2020), « Austerity and anarchy: Budget cuts and social unrest in Europe, 1919-2008 », Journal of Comparative Economics 48 (1).
- Hadzi-Vaskov, M., Pienknagura, S. et Ricci, L. A. (2021), « The Macroeconomic Impact of Social Unrest », IMF Working Paper 21/135.
- Healy, A., Persson, M. et Snowberg, E. (2017), pour le poids de l'État et du marché : voir E28.