Epure Works

Modèle v0.2

Gouvernements

Qui gouverne après un vote ou une chute, la cohabitation et la dissolution, comment votent les autocraties, et ce que font les gouvernements sans joueur au-delà de leurs règles. Cette page couvre les équations E22, E23 et E24.

En clair

Quand le camp au pouvoir gagne l'élection, le parti qui le dirige reste à sa tête, et s'il n'a plus la majorité des sièges, il va chercher des alliés. Quand il perd, le premier des autres partis forme le gouvernement en faisant entrer un à un les partis les plus proches de lui, jusqu'à la majorité. Là où le président est élu à part de l'assemblée, comme en France, une assemblée perdue par le camp du président ouvre une cohabitation, pendant laquelle le président reste tandis que le gouvernement se forme sans son parti (E22). Dans une autocratie électorale, le pouvoir perd une élection sur cinq, quoi que pensent les électeurs, et une autocratie fermée ne vote pas (E23). Les gouvernements sans joueur suivent leurs règles, mais s'en écartent de cinq façons que les études ont mesurées. Ils dépensent davantage avant une élection, et dans les pays émergents et à bas revenu, leurs dépenses suivent l'activité. Sous un chef populiste, la banque centrale laisse filer l'inflation, le pays protège son marché par des droits de douane et ses institutions s'usent. Un sixième écart, par lequel un nouveau gouvernement change qui paie et qui reçoit selon son bord, est un choix du studio (E24).

Dans la partie

Le joueur joue un parti, qui tient aussi la présidence au départ là où un président est élu à part. Il perd le pouvoir quand son parti ne tient plus ni la présidence ni la tête du gouvernement, par les urnes ou après un défaut. Il le garde en revanche s'il ne dirige plus qu'une coalition qui a perdu des partenaires, et, s'il est président, pendant une cohabitation. Battu, il peut reprendre la partie avec le parti qui dirige désormais le gouvernement, et président en cohabitation, il peut aussi choisir de jouer le gouvernement. En France, l'Assemblée est élue à part, pour cinq ans. Élue le 7 juillet 2024, elle sera renouvelée en juillet 2029, alors que le président est élu le 2 mai 2027. Un président élu contre le camp au pouvoir dissout l'Assemblée, qui est élue 40 jours plus tard, et le joueur président peut aussi la dissoudre à tout moment, sauf dans l'année qui suit une élection après dissolution. Les écarts des gouvernements sans joueur se règlent un par un à la création d'une partie, et le réglage « Rationalité pure » les éteint tous.

Les bases

Un gouvernement vient d'un parlement, d'une présidence ou d'un groupe au pouvoir. Dans un régime parlementaire, il lui faut le soutien de plus de la moitié des sièges, qu'on appelle la majorité, si bien qu'un parti qui ne l'a pas seul forme une coalition avec d'autres, ou gouverne en minorité s'il ne trouve personne. Dans un régime présidentiel, le parti du président gouverne. Dans une monarchie absolue ou une junte, un groupe au pouvoir gouverne sans se présenter aux élections.

Certains pays mêlent les deux. En France, le président est élu à part, tandis que le gouvernement vient de l'Assemblée. Quand l'Assemblée donne la majorité à un autre camp que celui du président, le président reste et le gouvernement change de camp, ce qu'on appelle une cohabitation. Le président peut dissoudre l'Assemblée pour provoquer une nouvelle élection, mais pas deux fois dans la même année.

Le régime dit si les élections comptent. Une démocratie tient des élections libres, que le pouvoir peut perdre, alors qu'une autocratie électorale tient des élections contrôlées, que le pouvoir perd rarement et sans que le résultat suive l'opinion. Une autocratie fermée n'en tient pas.

Enfin, les gouvernements sans joueur suivent deux règles, celle de Taylor pour leur banque centrale (E7) et une règle budgétaire qui tient leur dette (E9). Ce sont les règles d'un gouvernement parfaitement rationnel, dont les vrais gouvernements s'écartent, et le jeu reprend les écarts que les études ont mesurés.

E22. Le gouvernement qui sort des urnes, ou d'une chute

En clair

C'est l'équation d'E15 qui dit si le camp au pouvoir perd, et non le compte des sièges. Le studio l'a voulu ainsi parce que, si les sièges décidaient seuls, un gouvernement parti avec une large majorité ne la perdrait presque jamais, et les démocraties parlementaires ne perdraient plus que 12 % de leurs élections, contre 46 % quand le jeu tourne sans partis. Les partis disent ensuite qui gouverne. Si le camp au pouvoir garde le pouvoir, le parti qui le dirige reste à sa tête, et le gouvernement ne change pas s'il a toujours la majorité des sièges. Sinon, ce parti fait entrer, un à un, le parti le plus proche du centre de sa coalition, jusqu'à la majorité. Si le camp au pouvoir perd, le gouvernement se forme sans le parti qui le dirigeait. Au parlement, le premier des autres partis le forme par la même règle. À la présidence, les deux premiers partis d'opposition vont au second tour, où les voix des autres partis vont au plus proche des deux, et en France, les deux tours ont lieu à quatorze jours d'écart (E30). Quand un défaut fait tomber le gouvernement, le suivant se forme sans le parti qui dirigeait, comme après une élection perdue.

Là où le président est élu à part, les deux élections jugent le camp du président. À l'élection présidentielle, le président qui garde la présidence ne change rien, tandis que celui qui la perd laisse la place au vainqueur du second tour, qui dissout l'Assemblée. À l'élection de l'Assemblée, si le camp du président gagne, son parti forme le gouvernement. S'il perd, le gouvernement se forme sans le parti du président, par la même règle, et le président reste. C'est la cohabitation, qui dure jusqu'à ce qu'une élection rende le gouvernement au parti du président. Un défaut ne renverse pas un président élu à part, et si son parti dirigeait le gouvernement, la chute ouvre une cohabitation.

En France, Nouvel Élan n'a que 17,2 % des sièges. S'il devait former une majorité avec l'Assemblée de 2024, il ferait entrer, dans cet ordre, les partis suivants : Maison démocrate, Perspectives, Alliance socialiste et Union verte. Ensemble, ces partis tiendraient 50,8 % des sièges. Si le camp du président perdait les législatives, le gouvernement se formerait sans Nouvel Élan, et c'est le premier des autres partis, le Ralliement de la Nation, qui le formerait par la même règle, ouvrant une cohabitation.

Dans la règle :

Ce qui compteCe que c'estDans l'exemple
la majoritéplus de la moitié des siègesplus de 50 %
le parti qui formele parti qui dirigeait, s'il garde le pouvoir ; sinon, le premier des autresNouvel Élan
le centre de la coalitionla moyenne des positions de ses partis, pondérée par leurs sièges
la distancel'écart entre un parti et ce centre, sur les douze curseurs (E19)
\(D_{\text{diss}}\)le délai entre la dissolution d'une assemblée élue à part et son élection40 jours
le verroule temps pendant lequel l'assemblée élue après une dissolution ne peut plus être dissoute365 jours
Voir la formule complète et ses sourcesLa règle entière, le président élu à part, la cohabitation, la dissolution, le sort du joueur, les sources, et ce que la règle laisse de côté.

Si le camp au pouvoir garde le pouvoir — dans une démocratie, quand l'équation d'E15, tirage compris, lui donne au moins 50 ; dans une autocratie électorale, selon E23 — le parti qui le dirige reste à sa tête. Au parlement, le gouvernement en place reste tel quel s'il garde plus de la moitié des sièges ; sinon ce parti forme un nouveau gouvernement : il y fait entrer, un à un, le parti le plus proche du centre de sa coalition (les profils de ses partis, pondérés par leurs sièges), jusqu'à dépasser la moitié des sièges ; s'il n'y a plus personne à faire entrer, le gouvernement est minoritaire. À la présidence, rien ne change.

Si le camp au pouvoir perd, le gouvernement se forme sans le parti qui le dirigeait. Au parlement, le premier des autres partis le forme, par la même règle ; ses anciens partenaires peuvent y entrer. À la présidence, les deux premiers partis d'opposition vont au second tour (sauf si l'un a plus de la moitié des voix), où les voix de chaque autre parti, celles du gouvernement sortant comprises, se partagent entre eux selon leur proximité, divisée par deux tous les h points de distance (vote_proximity_half_distance, E20) ; le vainqueur gouverne seul. Là où les données tiennent la présidentielle en deux tours sur deux jours (la France), les deux tours sont ceux d'E30 : le premier dit qui va au second, le second décide, et c'est son vainqueur qui prend la présidence.

Là où gouverne un groupe au pouvoir, rien ne change.

Un gouvernement qui se forme distribue ses postes par une règle, et le joueur qui le dirige le recompose ensuite à sa main ; les partis du gouvernement suivent alors les postes (E41).

Là où un président est élu à part d'une assemblée dont vient le gouvernement (E21 : la France seule aujourd'hui), deux pouvoirs coexistent : la présidence, tenue par un parti — au départ, celui qui dirige le gouvernement —, et le gouvernement, qui se forme à l'assemblée. Les deux élections jugent le camp du président : c'est lui que l'équation d'E15 note. Le président lui-même est le chef de ce parti, et ne prend aucun poste du gouvernement (E41).

  • À l'élection du président, le camp qui garde la présidence ne change rien, pas même le gouvernement ; le camp qui la perd laisse la présidence au vainqueur du second tour, qui gouverne seul et dissout l'assemblée : elle est élue dissolution_days jours plus tard.
  • À l'élection de l'assemblée, le camp du président gagnant, son parti forme le gouvernement par la règle ci-dessus (le gouvernement en place reste tel quel s'il est déjà le sien et garde la majorité) ; perdant, le gouvernement se forme sans le parti du président, par la même règle, et le président reste : c'est la cohabitation. Elle dure tant que le parti du président ne dirige pas le gouvernement, et finit à une élection qui le lui rend, ou quand un autre parti prend la présidence et la tête du gouvernement.
  • La dissolution. Le joueur qui tient la présidence peut dissoudre l'assemblée à tout moment : elle est élue dissolution_days jours plus tard, et ne peut plus être dissoute pendant dissolution_lock_days jours après cette élection (Constitution, article 12) ; la dissolution qui suit une présidentielle perdue pose le même verrou. Un président sans joueur ne dissout jamais de lui-même.

Après une chute (le défaut, E16), un nouveau gouvernement se forme sans le parti qui dirigeait le précédent : au parlement, sur les sièges de la dernière élection, par la règle ci-dessus ; à la présidence, le parti qui avait le plus de voix après lui. Un président élu à part n'y tombe pas : si son parti dirigeait le gouvernement, la chute ouvre une cohabitation.

Le joueur joue un parti : celui qui dirige le gouvernement au départ, qui tient aussi la présidence là où il y en a une. Il perd le pouvoir quand son parti ne tient plus ni la présidence ni la tête du gouvernement, par les urnes ou par une chute ; il le garde s'il ne dirige plus qu'une coalition dont il a perdu des partenaires, et, président, pendant une cohabitation. Ses ordres en attente et ses projets devant le parlement sont alors annulés. Il peut reprendre la partie avec le parti qui dirige désormais le gouvernement : il le joue dès lors, avec ses règles de perte. Président en cohabitation, il peut aussi choisir de jouer le gouvernement à la place, et laisser la présidence au modèle.

VariableSensUnitéBornes
la présidencele parti qui la tient, là où un président est élu à partpartiétat de la partie, dans son hash
le parti du joueurle parti que joue chaque joueurpartiétat de la partie, dans son hash
le verrou de dissolutionle premier jour où l'assemblée élue après une dissolution peut l'être de nouveaudateaucun tant que rien n'a été dissous
ParamètreValeurStatutSource
dissolution_days Ddiss40 jours
choix
le président élu contre le camp du gouvernement dissout l'assemblée élue à part (en France, Mitterrand en 1981 et en 1988), et le joueur président peut la dissoudre ; les élections ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après la dissolution (Constitution, article 12) : le plus long délai est un choix
dissolution_lock_days365 jours
choix
« il ne peut être procédé à une nouvelle dissolution dans l'année qui suit ces élections » (Constitution, article 12) : la règle est celle de la France, l'appliquer à tout pays dont l'assemblée est élue à part est un choix

Pourquoi. L'équation d'E15 est ce qui est calibré : elle fait perdre le camp sortant à près d'une élection sur deux, comme dans les données. Une première version laissait les sièges décider : un gouvernement parti avec une large majorité ne la perdait presque jamais, et les démocraties parlementaires ne perdaient plus que 12 % de leurs élections, contre 46 % sans partis ; le monde changeait de gouvernement 0,52 fois par pays et par décennie, quand WhoGov en compte 1,31 de 2000 à 2024 (le parti du dirigeant qui change, tous régimes). Les partis disent ensuite qui gouverne : dans les démocraties parlementaires, le premier parti obtient le poste de Premier ministre dans 72,8 % des cas en Europe de l'Ouest et 77,5 % en Europe de l'Est (Glasgow, Golder et Golder 2011), et une coalition réunit le plus souvent des partis voisins. La règle de formation est la plus simple qui respecte ces deux faits : c'est un choix, qu'aucune étude ne calibre.

Ce que ça simplifie. Pas de négociation : les portefeuilles, les programmes, les veto et les grandes coalitions contre les extrêmes n'existent pas ; un parti entre dans une coalition dès qu'il est le plus proche, même s'il est inutile au compte. Le camp au pouvoir peut perdre en gardant une majorité de sièges, ou gagner en la perdant : E15 et les sièges ne sont pas tenus l'un à l'autre. Entre deux élections, un gouvernement sans joueur ne tombe que par un défaut : pas de motion de censure, pas de coalition qui se brise, pas de coup d'État ; c'est pourquoi le modèle change encore moins souvent de gouvernement que le monde (0,82 fois par pays et par décennie sur cinquante ans, contre 1,31). Seul le gouvernement que le joueur compose peut perdre un ministre ou un partenaire, ou tomber sur une motion de censure (E42 à E44). Là où l'assemblée est élue à part, un président vainqueur contre le camp du gouvernement dissout toujours, et un président sans joueur jamais autrement ; la date de dissolution est la même partout. La cohabitation est jouée comme le joueur la vit, pas comme la Constitution la décrit : le gouvernement « détermine et conduit la politique de la nation » (article 20), mais le joueur président garde ses leviers, et ses mesures passent devant une assemblée où le gouvernement adverse vote comme une opposition (E25). Le modèle n'a qu'une popularité par pays : en cohabitation, les deux élections jugent le camp du président sur l'économie que le joueur conduit, et un joueur qui a pris le gouvernement voit sa bonne gestion servir le président adverse. Il n'y a pas d'état de grâce : les législatives qui suivent une présidentielle ne sont pas plus faciles au nouveau président que les autres.

E23. Les élections des autocraties

En clair

Dans une démocratie, E15 décide. Dans une autocratie électorale, les voix et les sièges bougent comme ailleurs, mais le pouvoir ne perd que si le tirage du jour de l'élection tombe dans les 20 % les plus défavorables, ce qui lui fait perdre une élection sur cinq, qu'il soit populaire ou non. Une autocratie fermée ne tient aucune élection.

Un gouvernement à 45 % de popularité, avec 1,2 % de croissance sur l'année, perd environ 36 fois sur 100 dans une démocratie, et plus de 9 fois sur 10 s'il tombe à 20 % de popularité. Dans une autocratie électorale, il perd 20 fois sur 100 dans les deux cas.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(z^{E}_t\)le tirage du jour de l'élection, le même qu'en E15
\(\Phi\)la fonction qui change ce tirage en probabilité, de 0 à 1
\(q\)la chance que le pouvoir perde une élection contrôlée0,2
Voir la formule complète et ses sourcesLe paramètre avec sa source, et ce que l'équation laisse de côté.

Le régime dit quelles élections un pays tient. Une démocratie tient des élections concurrentielles : E15 dit si le pouvoir perd, E20 à E22 le reste. Une autocratie électorale tient des élections contrôlées : les voix et les sièges bougent comme ailleurs, mais le gouvernement ne perd que si son tirage du jour, lu comme une probabilité, tombe sous q, quoi que dise E15 :

$$\text{le pouvoir perd} \iff \Phi\big(z^{E}_t\big) < q$$

Φ est la fonction de répartition de la loi normale, zE le tirage de l'élection (E15). Le gouvernement battu est remplacé sans son parti dirigeant, comme après une chute (E22). Une autocratie fermée ne tient aucune élection, quel que soit son calendrier.

ParamètreValeurStatutSource
controlled_election_loss q0,2 par élection
plage
Roessler et Howard 2009 : dans les élections des autocraties, un candidat qui n'est pas celui du pouvoir gagne 6 % des élections en autoritarisme hégémonique et 34 % en autoritarisme compétitif ; les autocraties électorales du jeu mêlent les deux

Pourquoi. Dans une autocratie électorale, le pouvoir perd rarement, mais il perd : le Sénégal en 2000, la Malaisie en 2018. Faire dépendre la défaite du seul tirage, et non des voix, dit que le résultat ne suit pas l'opinion ; le tirage étant celui d'E15, il ne consomme aucun hasard de plus.

Ce que ça simplifie. La probabilité est la même dans toutes les autocraties électorales, hégémoniques ou compétitives, et ne dépend ni de l'économie ni de la popularité. Un régime ne change jamais : pas de démocratisation, pas de coup d'État, pas d'autocratisation.

E24. Les gouvernements sans joueur, au-delà de leurs règles

En clair

Cinq écarts mesurés s'ajoutent aux règles des gouvernements sans joueur. Le premier est le cycle électoral. Pendant les douze mois qui précèdent une élection, le gouvernement vise un solde primaire plus bas, le solde primaire étant la différence entre ses recettes et ses dépenses sans compter les intérêts de la dette. La baisse vaut 0,634 point de PIB dans un pays émergent et 1,047 point dans un pays à bas revenu, alors que les études ne trouvent pas d'effet net dans les pays avancés. Le deuxième est la procyclicité. Dans les pays émergents et à bas revenu, les dépenses suivent la production, si bien que les stabilisateurs automatiques, qui creusent d'eux-mêmes le déficit en récession et le réduisent quand l'activité repart, ne gardent que 49 % de leur effet. Les trois derniers ne jouent que sous un chef de gouvernement populiste, c'est-à-dire dont le parti est à 75 ou plus sur le curseur du populisme. La banque centrale répond alors un tiers de moins à l'inflation. Le droit de douane moyen du pays monte à pas réguliers, chaque mois, vers 7 points au-dessus de celui du départ, qu'il atteint en quinze ans, et redescend au même pas sous un autre chef. L'état de droit, mesuré par un indice sur 100, s'use en faisant tous les deux ans la moitié du chemin vers 10 points de moins, et ne s'en remet ensuite que lentement, de moitié en vingt-cinq ans, sous tout autre gouvernement. Ces deux politiques coûtent de la production par l'économie elle-même, et un droit de douane qu'un joueur relèverait lui coûterait de même. Les études mesurent aussi qu'un pays perd environ un point de croissance par an sous un dirigeant populiste, mais le jeu ne compte que ce que font ces politiques, qui n'en expliquent qu'une petite part. Le studio n'a retenu ni un solde budgétaire qui dépendrait de l'orientation gauche-droite, ni des coalitions plus lentes que les autres gouvernements à réduire leur déficit, parce que les études ne trouvent ni l'un ni l'autre de façon solide. Un sixième écart touche en revanche à qui paie et qui reçoit (E29). Un gouvernement qui arrive au pouvoir règle les deux leviers de répartition selon l'écart entre son parti et celui qui dirigeait au départ, sur le curseur de la gauche et de la droite économiques. Plus à gauche, il rend l'impôt sur le revenu plus progressif, c'est-à-dire plus lourd pour les plus aisés, et crée un minimum vieillesse, tandis que plus à droite, il rend l'impôt moins progressif. Il laisse les taux de TVA et les autres prestations où il les trouve. Un chef à un bout de l'échelle, quand celui du départ était à l'autre, règle chaque levier à 25 %.

Dans un pays avancé, la banque centrale relève normalement son taux de 1,5 point quand l'inflation attendue monte d'un point, mais sous un chef populiste, elle ne le relève que de 1 + 0,67 × 0,5 = 1,335 point. En France, Le Peuple indocile, à 85, et le Ralliement de la Nation, à 92,5, dépassent le seuil du populisme. Si l'un d'eux dirigeait une France sans joueur, le droit de douane moyen du pays, 1,33 % au départ, monterait de 7 / 15 = 0,47 point par an, vers 8,33 % atteints en quinze ans, et son état de droit perdrait 5 points en deux ans, la moitié des 10 points visés. En Italie, qu'un parti populiste dirige au départ, ces deux politiques laissent la production 1,45 % plus basse au bout de dix ans. Le Peuple indocile est aussi à 10 sur l'économie, quand Nouvel Élan, qui dirigeait au départ, est à 66,9. Arrivé au pouvoir, il porterait la progressivité de l'impôt à 25 × (66,9 − 10) / 100 = 14,2 %, et créerait un minimum vieillesse de 14,2 % des retraites.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estDans l'exemple
\(\bar s^{\,*}_t\)le solde primaire que vise le gouvernement
\(c\)la baisse du solde visé avant une élection0 / 0,634 / 1,047 point
\(J_t\), \(D\)les jours avant l'élection, et la durée du cycle\(D = 365\) jours
\(e\)la part des stabilisateurs que la procyclicité retire0 / 0,51 / 0,51
\(\varepsilon\), \(\tilde y_t\)la sensibilité du solde à la conjoncture, et l'écart de production (E8)
\(i^{*}_t\)le taux directeur que vise la banque centrale (E7)
\(\phi_\pi\)la réponse de la règle de Taylor à l'inflation0,5
\(\kappa\)la part de cette réponse perdue sous un chef populiste0,33
\(P_L\), \(P^{*}\)la position du parti qui dirige sur le curseur du populisme, et le seuil\(P^{*} = 75\)
\(\tau_0\), \(R\), \(Y_\tau\)le droit de douane moyen du départ, sa hausse sous un chef populiste, et les années qu'elle met1,33 % ; 7 points ; 15 ans
\(I_0\), \(\Delta_I\)l'indice d'état de droit du départ, sur 100, et ce qu'il perd sous un chef populiste10 points
\(h_u\), \(h_r\)la demi-vie de l'usure sous un chef populiste, et celle du retour sous un autre gouvernement730 jours ; 9 131 jours
\(v\)la valeur d'un levier de répartition que règle un nouveau gouvernement14,2 %
\(\sigma\)le réglage d'un chef à un bout de l'échelle quand celui du départ était à l'autre25 %
\(E_L\), \(E_0\), \(h\)la place du parti qui dirige et de celui du départ sur la gauche et la droite économiques, et la moitié de l'échelle10 ; 66,9 ; 50
Voir la formule complète et ses sourcesLes six comportements, chaque paramètre avec sa source, les deux comportements écartés faute de preuves, ce que coûtent les politiques populistes, et ce que l'équation laisse de côté.

Un gouvernement sans joueur suit deux règles : celle de Taylor pour sa banque centrale (E7), la règle budgétaire pour son budget (E9), avec les stabilisateurs automatiques (E8). Ce sont les règles d'un gouvernement parfaitement rationnel. Les vrais gouvernements s'en écartent, et cinq de ces écarts sont mesurés ; un sixième, qui touche à qui paie et qui reçoit, est un choix. Chacun est un comportement : une fonction qui lit le calendrier, le groupe du pays et le parti qui dirige le gouvernement, et qui ajuste ses cibles. Le réglage ai.pure_rationality les éteint tous ; chacun a aussi son interrupteur et sa force.

$$\bar s^{\,*}_t = \bar s^{\,*}_{\text{règle},t} - c\;\mathbb{1}\big[0 \le J_t \le D\big]$$
$$s_t = \bar s_t + (1-e)\,\varepsilon\,\tilde y_t$$
$$i^{*}_t = r^{*} + \pi^{e}_t + \big(1 - \kappa\,\mathbb{1}[P_L \ge P^{*}]\big)\,\phi_\pi\,(\pi^{e}_t-\pi^{*}) + \phi_y\,\tilde y_t$$
$$\tau^{*}_t = \tau_0 + R\;\mathbb{1}[P_L \ge P^{*}], \qquad \lvert \tau_{t+1\,\text{mois}} - \tau_t \rvert \le \frac{R}{12\,Y_\tau}$$
$$I^{*}_t = \max\big(0,\; I_0 - \Delta_I\;\mathbb{1}[P_L \ge P^{*}]\big), \qquad I_{t+1} = I_t + s\,(I^{*}_t - I_t), \qquad s = 1 - 0{,}5^{1/h}$$

Jt est le nombre de jours avant la prochaine élection, PL la position, sur le curseur populism, du parti qui dirige le gouvernement. La première ligne est le cycle électoral : le solde primaire visé baisse de c points de PIB pendant les D jours qui précèdent le vote. La deuxième est la procyclicité : là où les dépenses suivent la production avec l'élasticité e, les stabilisateurs (ε, E8) n'en gardent que 1 − e. La troisième est la pression populiste sur la banque centrale : sous un dirigeant populiste, la réponse de la règle de Taylor à l'inflation perd la part κ.

Les deux dernières sont ce que fait un dirigeant populiste, et dont le coût est celui de l'économie elle-même (E36 et E37). La quatrième est le droit de douane : sous un dirigeant populiste, le droit de douane moyen du pays (τ, le levier customs_rate, E35) va vers R points au-dessus de celui du départ, τ0, atteints en Yτ ans à pas réguliers, un pas le premier de chaque mois ; sous tout autre dirigeant, il revient vers τ0 au même pas. La cinquième est l'état de droit : sous un dirigeant populiste, l'indice du pays (I, de 0 à 100, E37) va vers ΔI points sous celui du départ, I0, la moitié du chemin tous les hu jours (rule_of_law_erosion_half_life_days) ; sous tout autre gouvernement, un joueur compris, il revient vers I0, la moitié du chemin tous les hr jours (rule_of_law_recovery_half_life_days). Sous tout gouvernement, le niveau que l'indice vise est abaissé de ce que le régime de sortie du pays lui coûte, et l'indice y descend à la vitesse hu (E89).

Un comportement à la force a (réglage) décale d'a fois son écart (c, R, ΔI) et multiplie par 1 − a (1 − x) ce qu'il réduit d'une part x (e, κ). Éteint, le droit de douane reste où il est, et l'état de droit ne s'use sous personne.

Un cinquième comportement ne touche pas aux règles mais à qui paie et qui reçoit (E29) : la répartition de son camp. Un gouvernement sans joueur qui arrive au pouvoir règle les trois leviers d'E29 selon l'écart entre son parti et celui qui dirigeait au départ de la partie — dont les données décrivent la politique, le neutre de chaque levier :

$$v = \sigma \cdot a \cdot \frac{E_0 - E_L}{2h}$$

EL et E0 sont les positions, sur economic_left_right, du parti qui dirige et de celui du départ, h la demi-échelle, a la force du comportement. Plus à gauche (v > 0) : la progressivité de l'impôt monte de v, le minimum vieillesse monte de v ; plus à droite, la progressivité baisse, le minimum vieillesse reste à zéro. Chaque levier est tenu dans ce qu'il peut encore changer (E29). Un gouvernement du même bord que celui du départ remet les leviers à zéro. Les taux de TVA par famille de biens (E38), eux, restent où le gouvernement les trouve.

ParamètreValeurStatutSource
election_cycle_balance c0 / 0,634 / 1,047 point de PIB
étude
émergents : de Haan, Ohnsorge et Yu 2025, tableau 2, solde primaire, 104 pays de 1993 à 2022, en démocratie comme en autocratie ; bas revenu : Ebeke et Ölçer 2013, tableau 1, solde global, 61 pays de 1990 à 2010 ; avancés : Brender et Drazen 2005, tableau 4, −0,072 non significatif dans l'OCDE hors démocraties nouvelles
election_cycle_days D365 jours
étude
de Haan, Ohnsorge et Yu 2025, tableau 4 : l'effet porte sur les douze mois avant le vote, ni avant ni après
procyclical_spending e0 / 0,51 / 0,51
étude
Ilzetzki et Végh 2008, tableau 1 : élasticité trimestrielle des dépenses réelles au PIB réel, 0,51 dans les pays en développement, −0,05 non significatif dans les pays à revenu élevé ; même ordre chez Kaminsky, Reinhart et Végh 2004
populist_threshold P*75 sur 100
choix
la dernière catégorie de l'échelle de rhétorique populiste du Global Party Survey (V8_Ord) : « fortement populiste », 7,5 à 10 sur 10
populist_rate_pressure κ0,33
calcul
Bolhuis, Mano et Thorell 2026, tableau 6 : après un départ de gouverneur pour raison politique, la réponse du taux à l'inflation baisse de 0,241 sur 0,734 ; 0,241 / 0,734 = 0,33. Les pressions sont plus fréquentes sous les dirigeants populistes (Binder 2021)
populist_tariff_rise R7 points de droit de douane
étude
Funke, Schularick et Trebesch 2023, figure 12 : face au contrefactuel synthétique, le droit de douane moyen est plus haut de 2,5 points à cinq ans, de 4,6 à dix, de 7,1 à quinze. Valeurs lues sur la courbe : le texte dit seulement que les droits baissent moins que dans le contrefactuel, et c'est le résultat le moins sûr de l'étude (p moyenne de 0,48, annexe, tableau C6)
populist_tariff_years Yτ15 ans
étude
l'horizon de la même figure, dont la courbe monte à peu près droit ; le retour au même pas sous un autre dirigeant n'est pas mesuré : un choix
populist_rule_of_law_loss ΔI10 points d'indice
plage
même étude, p. 3283 : trois indices d'institutions de V-Dem (contraintes judiciaires, élections propres, médias, sur 100) perdent de 5 à 15 points en dix ans face au contrefactuel ; le milieu de la plage. Ces points sont lus comme des points du score d'état de droit de la Banque mondiale, autre indice sur 100 : une transposition, donc un choix
rule_of_law_erosion_half_life_days hu730 jours
choix
même étude, figure 14 : l'usure commence dès l'arrivée au pouvoir ; la moyenne des trois indices est à −8,5 points à cinq ans et −9,9 à dix (valeurs lues sur les courbes) ; deux ans de demi-vie donnent −8,2 et −9,7
rule_of_law_recovery_half_life_days hr9 131 jours, vingt-cinq ans
choix
même figure : quinze ans après l'arrivée d'un populiste, l'écart moyen est encore de 8,3 points, alors que les populistes restent en moyenne 5,5 ans au pouvoir (p. 3262) ; l'étude ne mesure pas le retour
partisan_split σ25 %
choix
la gauche redistribue davantage que la droite (Potrafke 2017) ; la grandeur de l'écart dans ces leviers n'est mesurée nulle part : σ est le réglage d'un chef à un bout de l'échelle quand celui du départ était à l'autre

Pourquoi ces cinq-là. Le cycle électoral est l'un des faits les plus établis de l'économie politique, et ses méta-analyses le confirment pour le solde primaire (Cazals et Mandon 2016), petit dans les démocraties établies, net ailleurs. La procyclicité des budgets des pays en développement est tout aussi documentée : plus de neuf sur dix l'ont été de 1960 à 2009 (Frankel, Végh et Vuletin 2013). Les dirigeants populistes font pression sur leur banque centrale plus souvent que les autres (Binder 2021), protègent davantage leur marché et usent les institutions (Funke, Schularick et Trebesch 2023).

Pourquoi plus de perte directe. La même étude mesure qu'un pays perd environ un point de croissance par an sous un dirigeant populiste, plus de 10 % de PIB par habitant en quinze ans. Le modèle retirait ce point au potentiel, tant que le populiste gouvernait : sans limite de durée, quand l'étude s'arrête à quinze ans ; à 42 gouvernements sur 240 dès le départ, quand l'étude classe populistes 51 dirigeants sur 1 482 ; et sans cause, quand l'étude décrit des politiques. Mesuré avant le retrait, sur quatre parties de cent ans sans joueur, la France passait 71 % de son temps sous un parti au-delà du seuil, et 37 % de ses années en croissance négative, pour 5 % dans les données de 2000 à 2019. Le studio a choisi de ne compter que ce que font les politiques que le modèle sait compter. Elles font peu : de 1,90 à 2,45 % de production en quinze ans (ci-dessous), un cinquième au plus de ce que l'étude mesure. L'étude elle-même ne dit pas que ces politiques expliquent la perte : elle les documente comme des faits qui l'accompagnent.

Ce que ça donne. Sans chocs, sans élections, face au même pays sans les deux comportements, la production d'un pays qu'un parti populiste mène au départ.

PaysAu départ : droit de douane ; état de droitÀ 5 ansÀ 10 ansÀ 15 ans
États-Unis1,5 % ; 71,73,8 % ; 63,5 ; −0,43 %6,2 % ; 62,0 ; −1,34 %8,5 % ; 61,8 ; −2,27 %
Italie1,3 % ; 68,33,7 % ; 60,1 ; −0,48 %6,0 % ; 58,6 ; −1,45 %8,3 % ; 58,4 ; −2,45 %
Turquie4,3 % ; 45,26,6 % ; 37,0 ; −0,54 %9,0 % ; 35,5 ; −1,43 %11,3 % ; 35,3 ; −2,33 %
Inde4,6 % ; 56,56,9 % ; 48,3 ; −0,52 %9,3 % ; 46,8 ; −1,33 %11,6 % ; 46,6 ; −2,14 %

Ce qui n'y est pas, et pourquoi. Deux comportements attendus ont été écartés, faute de preuves. L'orientation gauche-droite ne déplace pas le solde budgétaire de façon robuste : la gauche a un État un peu plus grand, dépenses et recettes ensemble, mais l'effet sur le déficit est « ambigu » (Potrafke 2017), et les deux chiffres publiés ont des signes opposés (Alesina, Cohen et Roubini 1993 ; Müller, Storesletten et Zilibotti 2016). Les coalitions n'assainissent pas mesurablement plus lentement : le seul test publié de la vitesse d'ajustement ne trouve rien (Roubini et Sachs 1989), et l'effet des coalitions sur le déficit disparaît hors de l'OCDE (Elgie et McMenamin 2008). L'orientation d'un gouvernement compte donc ici par son populisme, et par ce qu'elle fait aux élections (E20 à E22).

Ce que ça simplifie. Le cycle électoral ne dépend que du groupe du pays : Brender et Drazen le trouvent surtout dans les démocraties nouvelles, pendant leurs quatre premières élections, et une règle budgétaire forte l'amortit (Gootjes, de Haan et Jong-A-Pin 2019) ; ni l'âge d'une démocratie ni ses règles budgétaires ne sont encore dans le modèle. Pour les pays à bas revenu, l'étude mesure le solde global, intérêts compris, et non le solde primaire. La procyclicité est la même pour tout un groupe, alors qu'elle baisse avec la qualité des institutions (Frankel, Végh et Vuletin 2013). La pression populiste est lue sur les départs de gouverneurs pour raison politique, dans une version de travail : aucune étude ne mesure directement l'effet d'un dirigeant populiste sur le taux directeur. Un populiste s'y reconnaît à un seuil sur un curseur, quand Funke et al. classent des dirigeants un par un : le seuil en retient 19 % des gouvernements au départ, eux 3,4 % des dirigeants. Les hausses de droits de douane et l'usure des institutions sont lues sur les courbes de leurs figures, que l'article ne chiffre pas, et la première est leur résultat le moins sûr. Elles sont les mêmes pour tous les populistes, de gauche comme de droite, et ne dépendent ni du temps passé au pouvoir avant le départ de la partie ni de ce que le pays peut décider seul : un membre d'une union douanière monte son droit comme un autre, alors que l'étude écarte ces pays de sa mesure. Un pays qui part sous un populiste voit son état de droit s'user encore de dix points, alors que l'indice de départ en porte déjà une part. La dette, que l'étude trouve plus haute de dix points de PIB après quinze ans, et la finance, qu'elle trouve moins ouverte, ne sont pas comptées. Le cycle électoral et la procyclicité agissent aussi dans un pays sans partis ; les trois comportements populistes, seulement là où un parti dirige.

Un septième comportement est décrit ailleurs : migration_laws, par lequel un gouvernement sans joueur déplace ses lois de migration quand ses arrivées s'écartent de celles qu'il veut (E86). Il ne lit aucun curseur : les études ne trouvent pas d'effet de la couleur d'un gouvernement sur la restrictivité de sa politique migratoire.