Epure Works

Modèle v0.2

Chocs et événements

Ce qui fait bouger l'économie de chaque pays sans que personne ne décide rien, et ce que le joueur peut y répondre. Cette page couvre les équations E13, E18 et E34.

En clair

Chaque jour, chaque pays reçoit deux petits chocs, l'un sur l'activité et l'autre sur les prix (E13). Comme une part du choc sur l'activité est la même pour tous les pays, les économies montent et descendent un peu ensemble. De temps en temps frappe un grand événement, comme une pandémie, un épisode El Niño, une flambée des prix alimentaires ou une catastrophe naturelle (E18), qui coûte ce que les études ont mesuré pour les événements réels. Le joueur peut répondre à celui qui frappe son pays, par une aide, une reconstruction, un confinement ou une baisse de TVA (E34).

Dans la partie

Les chocs et les événements font qu'une partie ne ressemble pas à une autre. Deux parties lancées avec la même graine, le nombre qui règle le hasard d'une partie, sont identiques, alors que deux graines différentes donnent deux mondes différents. Quand un événement commence, le jeu dit lequel, pour que le joueur sache pourquoi le monde vient de changer. S'il frappe le pays du joueur, une fenêtre arrête le temps et donne ce qu'il fait à la production sur un an, dont la part durable, et le saut des prix. Ces chiffres sont le choc que donne le catalogue et non une prévision, puisque la banque centrale et le budget y répondent ensuite. La nouvelle reste dans le journal. Aucun pays ne provoque ces événements et le joueur ne peut pas les empêcher, mais il peut y répondre. Une fenêtre lui propose les réponses que le catalogue prévoit pour cet événement, et il a 30 jours pour en choisir une.

À la création d'une partie, des réglages permettent d'éteindre les petits chocs, leur part commune ou les événements, et de rendre les chocs plus forts ou les événements plus fréquents ou plus graves. Même avec les événements, le monde des pays avancés reste un peu trop calme, car les grandes catastrophes frappent surtout des pays petits et très exposés, comme Taïwan, les Philippines ou les îles, plutôt que la France ou les États-Unis. Il manque surtout aux pays avancés le commerce, par lequel les crises des autres pays se propagent jusqu'à eux (§8.2).

Les bases

Dans la réalité, l'économie avance par à-coups que personne ne peut prévoir un par un, comme une mauvaise récolte qui fait grimper les prix alimentaires, un hiver froid qui renchérit l'énergie ou une vague de pessimisme qui freine les achats.

Le jeu représente ces à-coups par de petits chocs tirés au hasard chaque jour, pour chaque pays. Leur taille n'est pas choisie au jugé, puisqu'elle est réglée pays par pays pour que l'économie, laissée à elle-même, varie autant qu'elle a varié dans la réalité entre 2000 et 2019.

Les économies ne bougent pas non plus chacune de leur côté, puisque la plupart des pays ralentissent en même temps quand l'économie mondiale ralentit. D'après les études, ce mouvement commun explique un peu plus du quart des variations de la croissance d'un pays avancé, et moins d'un dixième pour un pays émergent ou à bas revenu. Le jeu en tient compte.

Il y a enfin les grands coups, rares mais faciles à nommer, comme une pandémie, un épisode El Niño ou une catastrophe naturelle, que le jeu tire au hasard aussi souvent qu'ils arrivent dans la réalité et auxquels il donne l'effet que les études ont mesuré. Les crises de la dette ou de crédibilité ne viennent pas de ce tirage. Elles naissent des mécanismes du jeu eux-mêmes, que décrivent la crise de la dette et la perte de crédibilité.

E13. Les chocs qui font bouger le monde sans le joueur

En clair

Chaque jour, chaque pays reçoit deux petits chocs. Le premier s'ajoute à l'activité, et l'économie met ensuite des mois à l'absorber. Une part de ce choc est tirée une seule fois pour tous les pays, ce qui fait monter et descendre les économies ensemble. Le second choc déplace les prix, ceux de l'alimentation ou de l'énergie par exemple, puis s'efface peu à peu en perdant la moitié de son effet en 180 jours.

Le studio fait porter ce second choc sur le niveau des prix, c'est-à-dire sur ce que coûtent les choses, plutôt que sur l'inflation, qui mesure la vitesse à laquelle elles renchérissent. Posé sur l'inflation, le choc restait dans sa mémoire, et dans des pays très volatils dont la banque centrale vise une inflation basse, comme le Burkina Faso, le Mali ou la Centrafrique, il déclenchait des spirales de baisse des prix allant jusqu'à 29 % par an. Les données n'en montrent jamais. Dans ces pays, les prix alimentaires bondissent puis retombent.

La France reçoit chaque jour un choc de demande, celui qui touche l'activité, d'une taille typique de 0,103 point, et un choc de prix de 0,034 point. Ces chocs sont minuscules pris un par un, mais cumulés sur une année ils font varier sa croissance annuelle d'environ 1,1 point et la variation de son inflation d'environ 0,5 point, soit les écarts mesurés dans ses données de 2000 à 2019. Dans un pays avancé, 27 % de la variance du choc de demande vient de la part mondiale. Les chocs de deux pays avancés sont donc liés, avec une corrélation de 0,27, et ceux d'un pays avancé et d'un pays émergent avec une corrélation de 0,15.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estFrance
\(z^{D}\), \(z^{P}\)les deux tirages du pays, chaque jour, autour de zéro
\(z^{W}\)le tirage mondial du jour, le même pour tous les pays
\(w\)la part mondiale de la variance du choc de demande0,271
\(\sigma^{D}\)la taille du choc de demande0,103
\(\sigma^{P}\)la taille du choc de prix0,034
\(x\)l'écart passager du niveau des prix, en %
\(\phi\)la part de cet écart qui reste d'un jour au suivant
\(\pi^{vu}\)l'inflation que les gens voient, chocs compris
Voir la formule complète et ses sourcesLe calcul de la taille des chocs, ce qu'il reproduit bien et moins bien, et ce que l'équation laisse de côté.

Chaque jour, chaque pays tire deux valeurs d'une loi normale centrée réduite, zD et zP, qu'il reçoit à la taille qui lui est propre :

$$\tilde y_{t+1} \mathrel{+}= \sigma^{D}\big(\sqrt{w}\,z^{W}_t + \sqrt{1-w}\,z^{D}_t\big), \qquad x_{t+1} = \phi\,x_t + \sigma^{P}\,z^{P}_t, \quad \phi = 0{,}5^{1/180}$$

Le choc de demande s'ajoute à l'écart de production ; le choc de prix déplace le niveau des prix publié (x, E5), déplacement qui s'efface. Une part w du choc de demande est commune au monde entier : zW est tiré une fois par jour pour tous les pays. Le mélange garde à chaque pays une variance de un (sa volatilité reste celle des données) et fait bouger les pays ensemble : deux pays avancés ont des chocs corrélés à 0,27, un avancé et un émergent à 0,15. L'inflation que les gens voient, πvu = π + 365,25 · (xt+1 − xt), nourrit leur mémoire de l'inflation (E3) : un choc de prix passe dans les anticipations, et davantage si la banque centrale a perdu sa crédibilité.

GrandeurValeurStatutSource
σD, σPpar pays (France : 0,103 point d'écart et 0,034 point de niveau des prix par jour)
calcul
voir ci-dessous
world_factor_share w0,271 / 0,079 / 0,069
étude
Kose, Otrok et Prasad 2008, tableau 1, 1960-2005 : la part de la variance de la croissance du PIB que le facteur mondial explique, pays industrialisés, émergents, autres pays en développement ; prise pour la part commune des chocs de demande
volatilité viséel'écart-type robuste (1,4826 × l'écart absolu médian) de la croissance annuelle et de la variation annuelle de l'inflation, 2000-2019
calcul
Banque mondiale (WDI), repli sur le FMI ; France : 1,14 et 0,53 point
plafond de la volatilité viséele 90e centile des pays : 4,94 points pour la croissance, 5,31 pour l'inflation
choix
au-delà, les écarts viennent de ce que les chocs ne représentent pas : le pétrole (Guinée équatoriale, Libye, Tchad), la guerre et l'effondrement (Venezuela, Syrie, Soudan du Sud), les plus petites économies (Nauru, Tuvalu)
price_shock_half_life_days180 jours
choix
un choc de prix (alimentation, énergie) déplace le niveau des prix puis se défait : dans les pays les plus volatils, l'inflation d'une année est décorrélée ou anticorrélée de la suivante (Afghanistan −0,16, Tchad −0,17, Banque mondiale 2000-2019)

Pourquoi. Le modèle de projection du FMI a un choc dans chacune de ses équations, indépendant d'un trimestre à l'autre (Berg, Karam et Laxton 2006) : c'est ce qui y fait vivre le monde. Ici, la taille des chocs n'est prise à aucune étude : elle est calculée pour que le modèle, laissé à lui-même, varie autant que l'économie de chaque pays a varié en temps ordinaire. Le calcul est exact près de l'équilibre et ne demande aucune longue simulation : un choc de chaque sorte est donné au monde un jour, et l'on suit sa trace dans la production et les prix (les réponses impulsionnelles) ; on en tire combien une unité de choc tombée n'importe quel jour déplace la croissance annuelle et la variation annuelle de l'inflation, mesurées comme la Banque mondiale les mesure, sur des moyennes annuelles ; les variances s'additionnent sur les jours et sur les deux chocs indépendants : deux équations, deux tailles, résolues pays par pays. Le monde est d'abord laissé quarante ans sans chocs, pour qu'un pays qui part loin de ses ancres, comme l'Argentine, ne soit pas mesuré en chemin. Vérifié : sur cent ans avec ces seuls chocs, sans les événements du monde (E18), la volatilité simulée divisée par l'observée vaut 1,00 en médiane pour la croissance et 0,99 pour l'inflation (de 0,90 à 1,10 du 10e au 90e centile).

Les récessions, face aux données. Mesurées comme la Banque mondiale mesure la croissance, en moyennes annuelles, elles ont la bonne fréquence et la bonne profondeur : une année de croissance négative sur cinq dans les pays avancés (22 % des années, contre 18 % de 2000 à 2019), 13 % dans les émergents (12 %) ; la pire année sur vingt tombe 4,5 et 4,3 points sous la croissance médiane (4,5 et 4,2 dans les données). Les pays à bas revenu varient moins que dans les données (7 % d'années négatives contre 12 %) : leurs chocs sont écrêtés au 90e centile. Ces mesures comptent les événements du monde (E18) avec les petits chocs. La France compte plus d'années négatives que de 2000 à 2019 (17 % contre 5 %), parce que sa croissance potentielle, 1,1 %, est plus basse que sa croissance passée, 1,8 % : l'Italie, qui a crû de 0,8 % l'an sur ces vingt ans, a connu une année négative sur quatre (25 % des années ; 27 % dans le modèle). D'un trimestre à l'autre, la croissance a la persistance des données : son autocorrélation vaut 0,09 en médiane des pays avancés, quand elle va de −0,38 (France) à 0,30 (États-Unis) dans le G7, médiane 0,07 (Campbell et Mankiw 1988, tableau 6). Ce qui ne va pas : datées trimestre par trimestre, comme Claessens, Kose et Terrones (2008) les datent, les récessions sont trois fois trop nombreuses dans les pays avancés (3,5 par décennie et 30 % du temps, contre 1,2 et 11 % dans 21 pays de l'OCDE de 1960 à 2007), pour une durée comparable (3 trimestres) et une baisse plus forte (−3,2 % contre −1,9 %). Les États-Unis s'en approchent le plus (2,0 par décennie ; 1,5 dans les données) ; les pays à croissance potentielle basse (France, Italie, Japon) en comptent de 3 à 3,5. Les chocs quotidiens font trop de récessions courtes, que la moyenne annuelle efface. Des chocs persistants en feraient un peu moins, au prix d'une croissance trimestrielle bien trop régulière : à 0,5 par trimestre, 2,9 récessions par décennie et une autocorrélation de 0,57 ; à 0,9, 1,8 et 0,81, quand le G7 est à 0,07 en médiane et les États-Unis à 0,30 (sans les événements, et 3,6 récessions par décennie sans persistance). Des chocs plus petits en feraient moins aussi, mais rompraient le calage annuel. C'est à trancher.

Pourquoi un écart-type robuste. Une crise, une hyperinflation, pèse peu sur l'écart absolu médian, alors qu'elle dominerait l'écart-type ordinaire. Les chocs représentent les temps ordinaires ; les crises sont l'affaire du modèle lui-même (E16, E17).

Pourquoi un choc de prix qui s'efface. La première version faisait tomber le choc sur l'inflation elle-même, qui le gardait en mémoire. Dans les pays très volatils à cible basse (le Burkina Faso, le Mali, la Centrafrique), cela déclenchait des spirales déflationnistes (−29 % d'inflation), que les données ne montrent jamais : chez eux, les prix alimentaires bondissent et retombent.

Le hasard vient d'un générateur unique, seedé par la graine de la partie, qui tire chaque jour le même nombre de valeurs dans le même ordre (une ligne par usage, une colonne par pays), quoi qu'il arrive dans le monde : deux parties de même graine sont identiques au bit près, et les décisions d'un joueur ne déplacent les tirages d'aucun autre pays. Le générateur est ChaCha8, et les valeurs normales en sont tirées par la transformation de Box-Muller, avec des fonctions mathématiques identiques sur toutes les machines.

Ce que ça simplifie. La part commune est celle de la croissance, appliquée aux chocs ; elle ne touche pas les chocs de prix, alors que l'inflation a aussi sa part mondiale. Les grands coups communs, comme une pandémie ou un El Niño, sont les événements du monde (E18). Les chocs sont symétriques, alors que l'inflation réelle monte en flèche plus souvent qu'elle ne chute : les pays les plus volatils connaissent encore quelques déflations de plus de 11 % (0,01 % des mois-pays). Le choc de demande n'a pas de persistance propre : c'est celle de l'écart de production (0,75 par trimestre) qui la lui donne, et elle suffit à la persistance de la croissance d'un trimestre à l'autre ; mais les récessions trimestrielles sont trop nombreuses (ci-dessus).

E18. Les événements du monde

En clair

Le jeu tient un catalogue de onze sortes d'événements, de l'épidémie qui touche un pays à la pandémie grave. Chaque jour, un tirage décide pour chacun s'il commence, de sorte qu'il arrive aussi souvent que dans la réalité. Un événement mondial touche tous les pays à la fois, chacun selon son exposition, tandis qu'un événement local n'en touche qu'un seul, tiré au hasard.

Pour les séismes, les cyclones et les sécheresses, le pays touché est tiré selon son exposition, qui se lit sur la carte, dans les provinces qu'il tient. Pour les séismes et les cyclones, elle compte ceux du passé qui ont atteint au moins 5 % de ses habitants, si bien qu'un cyclone qui n'atteint que la Guadeloupe ne compte pas comme une grande catastrophe pour la France. Pour les sécheresses, elle mesure la part de ses terres en climat de steppe. Quand un département change de mains, son exposition part avec lui. Les inondations et les épidémies, elles, tombent sur un pays tiré au hasard, tous étant également exposés.

L'événement agit le jour même. Il fait chuter ou monter l'activité d'un coup, puis l'économie s'en remet à son rythme habituel. Il déplace aussi les prix, d'un écart qui s'efface ensuite, et il peut détruire pour de bon une part de ce que le pays est capable de produire, c'est-à-dire de son potentiel. Une sécheresse frappe une seconde fois deux ans plus tard et retire encore une part du potentiel, sauf dans les pays avancés, où les études ne lui trouvent pas d'effet.

Une pandémie grave arrive en moyenne une fois tous les 129 ans. Dans un pays avancé comme la France, elle coûte 6,3 % de la production la première année, dont 3 points ne reviennent jamais et sont retirés du potentiel. Les 3,3 autres passent par l'écart de production, c'est-à-dire de combien l'économie produit au-dessus ou au-dessous de son potentiel. Le jeu fait chuter cet écart de 5,5 points le premier jour, et comme il remonte ensuite à sa vitesse habituelle, la chute coûte en moyenne 3,3 % sur l'année. Les prix baissent de 1 %, puis cette baisse s'efface à son tour.

Un séisme majeur coûte en moyenne 0,64 % de la production à un pays avancé, et il y en a 0,85 par an dans le monde. Le Japon, très exposé, en reçoit 3,9 %, ce qui lui donne une chance d'environ une sur 31 d'en subir un dans l'année, alors que la France en reçoit 0,0 %.

Dans la formule :

SymboleCe que c'estPandémie grave, France
\(u_k\)le tirage du jour pour l'événement k, entre 0 et 1
\(\lambda_k\)sa fréquence par an dans le monde0,00775, une fois tous les 129 ans
\(f_k\)le multiple de fréquence choisi dans les réglages de la partie1
expositionla part d'un pays dans le tirage d'un événement local
\(\Delta Y\)la variation de la production la première année, hors part durable−3,3 %
\(\bar m\)ce que coûte en moyenne sur l'année un saut qui s'efface à la vitesse de l'écart de production0,595
\(s_y\)la part de l'écart de production qui se referme chaque jour (E1)0,31 %
\(\Delta P\)le saut du niveau des prix−1 %
\(\Delta Y^{*}\)la variation durable du potentiel−3 %
Voir la formule complète et ses sourcesLe tirage des événements, le catalogue avec ses sources, les calculs et les choix, et ce que l'équation laisse de côté.

Chaque jour, pour chaque sorte d'événement k du catalogue, un tirage uniforme uk décide s'il commence :

$$u_k < \min\Big(\frac{\lambda_k \, f_k}{365{,}25},\; 1\Big)$$

où λk est sa fréquence par an dans le monde, et fk le multiple de fréquence des réglages de la partie. Un deuxième tirage choisit le pays touché, pour un événement local, en proportion de son exposition ; un troisième, la gravité s, entre le plus faible et le plus fort effet que donne le catalogue, la même pour tous les pays qu'il touche. L'événement agit le jour même, par trois voies, pour chaque pays i :

$$\tilde y_i \mathrel{+}= \frac{\Delta Y_i}{\bar m}, \qquad x_i \mathrel{+}= \Delta P_i, \qquad Y^{*}_i \mathrel{\times}= 1 + \frac{\Delta Y^{*}_i}{100}, \qquad \bar m = \frac{1-(1-s_y)^{365}}{365\,s_y}$$

ΔY est la variation de la production sur la première année, hors sa part durable : le saut de l'écart de production qui, laissé à sa propre vitesse sy (E1), coûte en moyenne ΔY sur l'année (m̄ = 0,595 : un saut de 5,5 points coûte 3,3 % la première année). ΔP est le saut du niveau des prix, qui s'efface comme les chocs de prix (E13). ΔY* est la variation durable du potentiel : ce qui est détruit n'est pas reconstruit. La variation totale de la première année est ΔY + ΔY*. Un événement peut agir de nouveau les années suivantes (une sécheresse, deux ans après) : chaque étape agit par les trois mêmes voies, le jour où elle tombe, avec la gravité et sur le pays de l'événement.

Le catalogue est une donnée du jeu :

ÉvénementPortéeFréquenceEffet (ΔY + ΔY*, ΔP)StatutSource
pandémie gravemonde1 tous les 129 anspremière année −6,3 % (avancés), −6,6 % (émergents), −5,1 % (bas revenu), dont −3 % durables ; prix −1 % (avancés), +0,5 % (ailleurs)
étudecalcul
Marani et al. 2021 (corrigé en 2023) ; FMI, WEO de janvier 2020 et d'avril 2021
pandémie grippalemonde2 % par an−0,7 à −3,1 % ; prix +0,3 à +0,8 %
plage
Jonas 2013 (1 à 3 % par an ; coût léger 0,7 %, modéré 3,1 %) ; McKibbin et Sidorenko 2006, tableau 8
El Niño fortmonde, 34 pays10 épisodes en 75 ansde −1,0 % (Indonésie) à +1,8 % (Thaïlande) ; prix jusqu'à +1,0 % (Mexique)
étude
NOAA, indice ONI ; Cashin, Mohaddes et Raissi 2015, tableaux 3 et 7
flambée des prix alimentairesmonde6 en 40 ansprix +0,35 à +0,7 % (avancés), +0,5 à +2 % (émergents), +4 à +5,3 % (bas revenu)
calcul
Trostle 2011 ; Banque mondiale 2019 (la part due à l'alimentation de la hausse de l'inflation) ; Furceri et al. 2016
éruption volcanique majeuremonde1 par sièclela plus faible flambée alimentaire
calculchoix
Newhall, Self et Robock 2018
tempête solaire extrêmemonde1 tous les 150 ans−3,9 à −5,6 % partout
étudechoix
Lloyd's et AER 2013 ; Schulte in den Bäumen et al. 2014
séisme majeurun pays, là où les séismes forts ont atteint au moins 5 % de sa population0,85 par an−0,64 % (avancés) ; −1,11 %, dont −0,48 % durables (ailleurs) ; pas d'effet sur les prix
étudecalcul
FMI 2025 (34 des 190 grandes catastrophes ; seuil : figure 9) ; Parker 2016 ; empreintes : USGS
cyclone tropical majeurun pays, là où les ouragans ont atteint au moins 5 % de sa population2,175 par anle même, et prix +0,6 à +1,8 % (hors avancés)
étudecalcul
FMI 2025 (87 tempêtes ; seuil : figure 9) ; Parker 2016 ; empreintes : NOAA, IBTrACS
sécheresse sévèreun pays, selon la part de ses terres hors déserts en climat de steppe0,25 par an (borne basse)hors avancés : −1,41 % la première année, puis de nouveau −0,51 point deux ans après, −1,67 % durables au total ; prix +0,6 à +1,8 % ; aucun effet significatif dans les pays avancés
étudecalcul
Fomby, Ikeda et Loayza 2009, tableaux IV.2 et IV.3 ; Loayza et al. 2012 ; FMI 2025 (10 sécheresses) ; Parker 2016 ; exposition : climats de Köppen
inondation ou autre catastrophe majeureun pays1,475 par anle même, et prix +0,6 à +1,8 % (hors avancés)
étudecalculchoix
FMI 2025 (43 inondations, 4 feux, 12 autres) ; Parker 2016
épidémieun pays4 en 14 ans−1,4 %, dont −0,4 % durables
calculchoix
Ma, Rogers et Zhou 2020

Pourquoi. Les petits chocs de E13 représentent les temps ordinaires ; les fluctuations réelles sont faites aussi de quelques gros coups identifiables, rares, qui frappent souvent tous les pays à la fois. Un choc anonyme ne raconte rien au joueur ; « pandémie grave » ou « El Niño fort » lui disent pourquoi le monde vient de changer, et lui donnent une raison d'agir. Aucun événement n'est provoqué par un pays : ce sont des phénomènes naturels, des épidémies, des accidents, que le joueur subit sans pouvoir les empêcher.

Les calculs. La part durable d'une catastrophe est le rebond de l'année suivante retranché de la perte de la première : −1,11 puis +0,63 point de croissance font −0,48 % durables (FMI 2025, émergents non insulaires) ; −1,40 puis +1,0 font −0,4 % pour une épidémie (Ma et al. 2020). La sécheresse suit les quatre années de Fomby, Ikeda et Loayza (croissance du PIB par habitant −1,41, +0,22, −0,51 et +0,03 point dans les pays en développement), soit un niveau de −1,41, −1,19, −1,70 puis −1,67 % : la première étape retire 1,19 % du potentiel et 0,22 point de plus sur l'année, la seconde, deux ans après, 0,48 % du potentiel et 0,03 point de plus sur son année. La pandémie grave perd 6,3 % la première année dans les pays avancés (l'écart entre la croissance de 2020 et sa prévision de janvier 2020), dont 3 % durables (la production mondiale de 2024 sous la trajectoire d'avant la pandémie, FMI) : ΔY = −3,3, ΔY* = −3,0. La flambée alimentaire garde la part de la hausse de l'inflation que la Banque mondiale attribue à l'alimentation : deux tiers dans les pays à faible revenu (+8 et +6 points en 2007-2008 et 2010-2011, d'où +4,0 à +5,3), la moitié dans les émergents (+4 et +1, d'où +0,5 à +2,0). Les fréquences sont des décomptes : 10 épisodes forts d'El Niño en 75 ans (pic de l'indice ONI au moins 1,5), six flambées en quarante ans, 190 grandes catastrophes isolées en quarante ans (une borne basse), réparties par type comme dans l'échantillon du FMI (87 tempêtes, 43 inondations, 34 séismes, 10 sécheresses, 16 autres), quatre épidémies de 2003 à 2016 ; celle d'une éruption VEI 6 découle de celle des VEI 7, une à deux par millénaire, chaque classe étant 6 à 7 fois plus fréquente que la suivante.

Les choix. 1) L'éruption agit par les récoltes, avec l'effet de la plus faible flambée alimentaire : aucune étude ne chiffre son effet macroéconomique (Pinatubo n'en a pas laissé de trace). 2) La tempête solaire répartit également la perte mondiale, faute de répartition publiée, alors que les hautes latitudes seraient plus touchées. 3) La région « Europe » de Cashin et al. est portée sur les vingt membres de la zone euro, et l'effet d'un écart-type de leur indice sur les épisodes forts. 4) Où frappent les catastrophes. L'exposition appartient aux lieux, pas aux pays : elle est décrite province par province, et le modèle fait la somme sur les provinces qu'un pays possède le jour du tirage, si bien qu'une province qui change de mains emporte son exposition. Aucun indice d'exposition tout fait ne pouvait être livré (EM-DAT interdit la redistribution et l'usage commercial ; INFORM mêle des composantes sous d'autres licences) : elle est estimée. Chaque séisme fort et peu profond recensé depuis 1900 (USGS) et chaque tempête de force ouragan depuis 1980 (NOAA, IBTrACS) laisse une empreinte : les provinces atteintes (à moins d'un degré de l'épicentre, d'un demi-degré de la trajectoire) et la part de la terre de chacune. Une empreinte ne compte pour un pays que si elle atteint au moins 5 % de sa population, les habitants d'une province étant répartis également sur sa terre : c'est le seuil pour lequel le FMI trouve les mêmes effets que pour ses catastrophes de plus de 1 % du PIB de dégâts (Nguyen et al. 2025, figure 9). Un cyclone qui atteint la Guadeloupe n'est donc pas une grande catastrophe pour la France. Le pays touché est tiré en proportion du nombre d'empreintes qui comptent pour lui, puis l'événement tombe sur les provinces de l'une d'elles, que la carte peut montrer. Une sécheresse tombe sur un pays en proportion de la part de ses terres hors déserts en climat de steppe (la carte des climats du jeu), puis sur l'une de ses provinces de steppe. Les inondations, les autres catastrophes et les épidémies tombent sur un pays tiré au hasard, tous également exposés. Trois choix dans cette méthode : la portée d'un événement, la même quel que soit sa force ; « atteint » pris pour « touché », qui est ce que mesure le FMI ; la population répartie également dans une province. 5) Les effets par type. La sécheresse suit Fomby, Ikeda et Loayza, qui mesurent son effet année par année, et que Loayza et al. (2012) confirment ; le FMI exclut les sécheresses de plusieurs années de son échantillon. Les autres catastrophes gardent l'effet moyen du FMI par groupe de pays : pour elles, les études se contredisent. Seuls les séismes n'ont pas d'effet sur les prix (Parker 2016).

Vérifié : forcé seul un premier jour, au milieu de sa plage, chaque événement coûte dans le modèle ce que dit sa source, à quelques centièmes près, bien que banques centrales et budgets réagissent : la pandémie grave −6,35 % en France (−6,3 attendus), −6,53 % au Brésil (−6,6) ; la tempête solaire −4,86 % (−4,75) ; El Niño −0,99 % en Indonésie (−1,01) ; un séisme −1,10 % au Vanuatu, le pays émergent le plus exposé (−1,11) ; un cyclone −1,08 % aux Philippines (−1,11) ; une sécheresse −1,39 % au Botswana la première année (−1,41), rien dans un pays avancé. En cent ans, une partie en tire à peu près autant que les fréquences le prévoient : 86 séismes (85 attendus), 244 cyclones (217,5), 25 sécheresses (25), 154 inondations et autres catastrophes (147,5), 11 El Niño (13,3), une pandémie grave (0,8).

Ce que ça simplifie. La perte d'un cyclone, que Hsiang et Jina (2014) voient s'accroître pendant quinze ans, tient en une année et son rebond, comme le mesure le FMI : les deux sources se contredisent. Une empreinte qui compte pour un pays le frappe tout entier, de l'effet moyen du FMI, quelle que soit la part de sa population atteinte au-delà du seuil. Une épidémie ne touche qu'un pays, quand le SRAS en a touché vingt-huit. Les événements sont indépendants les uns des autres, alors qu'El Niño et les flambées alimentaires vont souvent ensemble. Ils ne passent ni par le commerce ni par les prix des matières premières, que le modèle n'a pas. Le blocage accidentel d'un canal n'y est pas : ni fréquence publiée, ni effet mesurable sur la production.

E34. Les réponses aux événements

En clair

Quand un événement frappe le pays du joueur, celui-ci a 30 jours pour y répondre, une seule fois, et sa réponse passe par des voies que le jeu a déjà. Certaines réponses relèvent un poste du budget pour un temps, puis le rendent le jour venu. Tant que le poste est relevé, le budget pousse l'activité comme toute dépense, et les groupes de la population reçoivent ce que le poste leur verse. Le confinement, lui, multiplie par 1,5 la perte de production de la première année sans rien sauver, car le jeu ne compte ni malades ni morts. Presque toutes les réponses font aussi monter la popularité d'un coup, puis ce gain s'efface. Les pays sans joueur ne répondent pas.

Une pandémie grave frappe la France. Sans réponse, elle coûte 6,3 % de la production la première année, dont 3,3 points passent par l'écart de production. Le confinement y ajoute la moitié de ces 3,3 points, soit 1,65 point, si bien que la perte de la première année atteint 7,95 %, et il rapporte pourtant 2 points de popularité aussitôt. Le studio lui donne ce gain parce qu'une étude trouve qu'au printemps 2020, les confinements ont accru les intentions de vote pour les gouvernements en place et la confiance en eux. Renforcer les hôpitaux relève plutôt les dépenses de santé de 0,3 point de PIB pendant un an, ce qui soutient l'activité, et rapporte 1 point de popularité.

ÉvénementRéponseCe qu'elle faitPopularité
séisme, cyclone, inondation ou autre catastropheaide d'urgenceéconomie et infrastructures, +0,3 point de PIB pendant 12 mois+1 point
reconstructionéconomie et infrastructures, +0,8 point de PIB pendant 24 mois+1,5 point
sécheresseaide aux agriculteurséconomie et infrastructures, +0,2 point de PIB pendant 12 mois+0,5 point
épidémie, pandémie grippale, pandémie graveconfinementla perte de production de la première année multipliée par 1,5+2 points
renforcer les hôpitauxsanté, +0,3 point de PIB pendant 12 mois+1 point
flambée des prix alimentaireschèque alimentaireautres prestations sociales, +0,3 point de PIB pendant 6 mois
TVA baisséeTVA, −0,5 point de PIB pendant 12 mois

Dans la formule :

SymboleCe que c'estPandémie grave, France, confinement
\(a\), \(n\)ce dont un poste est relevé, en points de PIB, et pour combien de mois
\(f\)ce par quoi la réponse multiplie la variation de la production de la première année1,5
\(\Delta Y\)cette variation, hors part durable (E18)−3,3 %
\((f - 1)\,\Delta Y\)ce que la réponse ajoute, et qui agit le jour même comme un événement de cette taille−1,65 %
Voir la règle complète et ses sourcesLe délai, les trois voies d'une réponse, chaque réponse avec sa source, et ce qu'elles laissent de côté.

Quand un événement dont le catalogue prévoit des réponses frappe le pays d'un joueur, le joueur a event_response_days jours pour y répondre, entre deux jours. Une réponse passe par les voies que le modèle a déjà :

  • des postes du budget relevés pour un temps : chacun de a points de PIB pendant n mois, dans les bornes du poste et de son côté du budget (E26), puis rendu d'autant le jour venu. Le budget y répond comme à toute décision (E1, E8), et les groupes selon ce que le poste leur verse (E27, E28) ;
  • un coût de l'événement plus grand ou plus petit : la variation de la production de la première année, ΔY, multipliée par un facteur f dans le pays qui répond ; l'écart (f − 1) ΔY agit le jour même, comme un événement de cette taille (E18) ;
  • un changement de popularité, aussitôt, qui revient ensuite vers sa cible au rythme de la popularité (E12).

Le joueur répond une fois par événement ; passé le délai, ou s'il perd le pouvoir, il ne répond plus. Les pays sans joueur ne répondent pas : le monde qu'ils font est celui d'E18. Chaque réponse est une action du journal, rejouée au chargement d'une sauvegarde.

ÉvénementRéponsePostes relevésfPopularitéStatutSource
séisme, cyclone, inondation ou autre catastropheaide d'urgenceéconomie et infrastructures, +0,3 point de PIB, 12 mois1+1 point
choix
Healy et Malhotra (2009) : les électeurs récompensent les secours versés après une catastrophe, pas la prévention ; les grandeurs sont des choix
reconstructionéconomie et infrastructures, +0,8 point de PIB, 24 mois1+1,5 point
choix
idem
sécheresseaide aux agriculteurséconomie et infrastructures, +0,2 point de PIB, 12 mois1+0,5 point
choix
idem
épidémie, pandémie grippale, pandémie graveconfinement—1,5+2 points
choix
Bol, Giani, Blais et Loewen (2021) : les confinements du printemps 2020 ont accru les intentions de vote pour les gouvernements en place et la confiance en eux ; les grandeurs sont des choix
renforcer les hôpitauxsanté, +0,3 point de PIB, 12 mois1+1 point
choix
—
flambée des prix alimentaireschèque alimentaireautres prestations sociales, +0,3 point de PIB, 6 mois1—
choix
Bellemare (2015) : la hausse des prix alimentaires fait monter les troubles ; le chèque passe par les prestations, et par elles par l'avis et la colère des ménages modestes (E28, E33)
TVA baisséeTVA, −0,5 point de PIB, 12 mois1—
choix
idem
ParamètreValeurStatutSource
event_response_days30 jours
choix
le temps de répondre à un événement ; un choix de jeu

Ce que ça simplifie. Les réponses sont peu nombreuses et les mêmes pour tous les pays ; leurs montants sont en points de PIB, pas ajustés à la gravité de l'événement. Une réponse ne passe par aucun vote : elle vaut décret d'urgence. Le confinement coûte de la production sans rien sauver : le modèle ne compte ni malades ni morts ; ce qu'il rapporte est la seule popularité. L'aide ne reconstruit pas le potentiel détruit : elle soutient la demande le temps qu'elle dure.